Khomeiny, crime contre l'humanité

 

Iran : rappelons nous du massacre de 30 000 prisonniers politiques en 1988

Il y a 22 ans, le chef de la République islamique, Rouhollah Khomeiny acceptait à contre cœur le cessez le feu dans la guerre avec l'Irak. Il s'était ainsi privé de l'instrument que tout dictateur se sert à volonté pour justifier la répression des opposants et se maintenir au pouvoir. C'est alors que Khomeiny a lancé sa "solution final" par une fatwa décrétant le massacre des prisonniers politiques. Durant le terrible été 1988, plus de 30 000 prisonniers politique dont une grande partie était en prison pour avoir milité ou sympathisé avec les Moudjahidine du peuple d'Iran, la principale force d'opposition au régime, ont été exécutés. 

Des documents irréfutables

C'est  le CNRI qui, par les familles des prisonniers politiques, a pour la première fois alertée en 1988, l'opinion publique sur l'existence de ces massacres. En automne 1988, de nombreuses organisations de défense des droits de l’homme ont fini par tirer la sonnette d’alarme sur les exécutions de masse qui se poursuivaient en Iran et demandaient une enquête internationale.

Quelques années plus tard en décembre 2000, Hossein-Ali Montazeri, un religieux de 79 ans, qui avait été pendant dix ans le successeur désigné de Khomeiny, le dirigeant suprême du régime théocratique au pouvoir en Iran, publiait ses mémoires. Ce texte révélait des documents choquants sur les atrocités commises par le régime, dont la plus horrifiante sur le massacre des prisonniers politiques en 1988 sur l’ordre de Khomeini.

Le livre de Montazeri a également le mérite d’avoir une valeur légale et politique unique, dans la mesure où il révèle pour la première fois, des documents clés sur la manière dont  le massacre avait commencé et conduit par la suite. Parmi ces documents, le plus important est le texte de la fatwa – décret religieux qui a la force de la loi en Iran des mollahs – par laquelle Khomeiny ordonne le massacre de tous les prisonniers politiques. « Ceux qui, à quelque niveau que ce soit, continuent à appartenir aux Monaféquines [Moudjahidin] doivent être exécutés. Exterminez les ennemis de l’Islam immédiatement, » a-t-il décrété.

Selon les avis des juristes internationaux et les organisations des droits de l'homme, ce massacre est un exemple flagrant de crimes contre l'humanité et de génocide. Car son principal objectif était d'éradiquer un mouvement politique spécifique.

S’exprimant à la télévision française en février 1989, Hachémi-Rafsandjani, alors commandant en chef adjoint des forces armées et président du parlement des mollahs, a indiqué : « le nombre de prisonniers politiques exécutés au cours de ces derniers mois ne dépasse pas un millier » (Iran Yearbook 89/90).

Ali Khamenei, alors président de la République, l’actuel Guide suprême du régime, s’adressant à un rassemblement à l’Université de Téhéran s’est interrogé : « Quant aux exécutions de masse...[de] ceux qui, en prison, étaient en contact avec les Monaféquines qui avaient lancé une offensive contre la République islamique, croyez-vous que nous devrions leur offrir des bonbons pour cela ?...Ils sont condamnés à mort et nous les exécutons. A ce sujet, nous ne plaisantons pas » (Radio Téhéran, décembre 1988).

Le journal ‘Le Monde’ écrivait en mars 1989 : « L’imam Khomeini a convoqué le procureur de la révolution , Hojjato-Islam Khoeiniha, pour lui donner l’ordre de faire exécuter tous les Moudjahidin, qu’ils soient en prison ou ailleurs, pour être entrés en guerre contre Dieu. Les exécutions ont suivi les procès sommaires. Le procès consistait à mettre en œuvre des méthodes différentes de pression pour forcer les prisonniers à se repentir, changer d’opinion ou passer à l’aveu...Parmi de très jeunes Moudjahidin exécutés, se trouvait certains de ceux qui étaient emprisonnés depuis 8 ans, alors qu’ils n’étaient âgés que de 12 à 14 ans, pour avoir pris part aux manifestations publiques » (Le Monde, 1er mars, 1989).

 

La première lettre de l'ayatollah Montazeri à Khomeini en  juin 1988 

Au nom de Dieu, le clément, le miséricordieux,

A l'attention du grand ayatollah l'Imam Khomeiny, que le Dieu prolonge sa vie.

Je vous présente mes salutations.

En ce qui concerne votre récent décret sur l'exécution des Monaféghines prisonniers, je pense que l'exécution des personnes arrêtées à la suite des événements récents n'aura pas d'impacts négatifs et que la nation et la société accepteront cela.

Par contre, en ce qui concerne l'exécution des personnes ayant été en prison depuis un certain temps, j'ai plusieurs observations à vous soumettre : 

Premièrement, dans les circonstances actuelles, ces exécutions seront perçues comme des représailles et des actes de vengeance.

Deuxièmement, cela va endeuiller et écœurer leurs familles dont un certains nombre sont croyantes et partisanes de la Révolution,

Troisièmement, beaucoup de prisonniers ne persistent plus sur leur position, mais certains responsables font preuve de dureté et les traitent comme ceux qui persistent sur leur position.

 

Quatrièmement, dans les circonstances actuelles, après les pressions et les attaques de Saddam et des Monaféghines, nous faisons figure de victime et beaucoup de médias et de personnalités ont pris notre défense. Ce n'est pas dans l'intérêt du régime ni dans celui de votre propre personne qu'ils recommencent leur propagande contre nous.

Cinquièmement, en ce qui concerne les prisonniers ayant déjà été jugés et conformément aux règles juridiques en vigueur condamnés à des peines inférieures à la peine de mort, la décision de les exécuter sans motif et sans aucune nouvelle activité de leur part, serait une décision contraire à toutes les règles de droit et contraire à toutes les jurisprudences. Une telle décision n'aura pas un écho positif dans l'opinion publique.

Sixièmement, nos autorités judiciaires, nos procureurs et non responsable des renseignements ne sont pas des gens parfaits, ils peuvent commettre des erreurs. Votre récent décret conduira inévitablement à l'exécution des innocents. Dans les affaires sérieuses, il n'est pas permis de trancher lorsqu'il y a des doutes.

Septièmement, jusqu'à présent, avec tant de violences et de tueries qu'est ce que nous avons pu obtenir? La seule chose qu'on a obtenu, c'est qu'il y a de plus en plus de propagandes contre nous alors que les gens sont de plus en plus attirés vers les Monaféghines et les anti-révolutionnaires. Il est temps qu'on fasse preuve de davantage de clémence. C'est ainsi qu'on pourra attirer les gens.

Huitièmement, si vous insistez à faire appliquer votre décret, au moins, ordonnez que les décisions de condamnation à mort soient prises par consensus et non pas par la majorité des voix. De plus, ordonnez que les femmes, en particulier les femmes ayant des enfants, soient épargnées. 

Pour finir, la décision d'exécuter plusieurs milliers de personnes en quelques jours, n'aura pas un bon impact et il y aura forcément des bavures. Un certain nombre de juges qui sont des gens croyants, sont très perturbés d'avoir été obligés de prendre de telles décisions. Cette phrase du prophète de l'Islam trouve ici toute sa pertinence : "Lorsque vous êtes chargés de juger et sanctionner un musulman, atténuez votre sentence autant que possible et si possible pardonnez. Lorsque vous risquez de commettre une erreur de jugement, il est préférable de se tromper en pardonnant plutôt que de se tromper en condamnant."

Je vous salue, que Dieu prolonge votre vie

Le 9/05/1967 (le 29 juin 1988)

Hossein Ali MONTAZERI (Décédé en décembre 2009 après près de trois décennies en résidence surveillée.)

 

La Fatwa de Khomeiny

« Etant donné que les Monafekines (signifie littéralement "Hypocrites", c'est la terminologie officielle du régime pour designer les Modjahédines du Peuple d'Iran.)  sont des traîtres qui n'ont aucune croyance en l'Islam, que tout ce qu'ils disent est motivé par leur ruse et leur hypocrisie, que leurs dirigeants ont avoué leur apostasie à l'égard de l'Islam,

Etant donné qu'ils sont en guerre contre Dieu, qu'ils mènent des guerres classiques [contre le régime] dans le nord, dans l'ouest et dans le sud du pays, en collaboration avec le parti Baas irakien, qu'ils font de l'espionnage pour Saddam contre notre nation musulmane,

Etant donné qu'ils sont en relation avec l'Arrogance mondiale, que dès le début de sa fondation, ils ont porté des coups lâches au régime de la République islamique,

[Il est ordonné ce qui suit :]

Tous ceux qui sont emprisonnés à travers le pays et qui persistent dans leur hypocrisie sont condamnés à mort car ils sont en guerre contre Dieu.

A Téhéran, la compétence de prononcer des sentantes de mort est du ressort d'un comité tripartite composé de Monsieur Hodjatoleslam Nayyeri, Monsieur Eshraghi et un représentant du ministère des renseignements. Même s'il est plus prudent que les décisions soient prises par consensus, la majorité des votes suffit.

De même, dans les prisons de chacun des chefs-lieux des provinces du pays, les sentantes de mort prononcées après le vote du juge religieux, du procureur de la révolution [du province] ou son substitut et du représentant du ministère des renseignements doivent être nécessairement mises en application.

Il serait naïf d'être clément à l'égard de ceux qui ont déclaré la guerre à Dieu. L'intransigeance de l'Islam à l'égard des ennemies du Dieu fait partie des principes intangibles du régime islamique. J'espère que votre colère et votre haine révolutionnaire contre les ennemis de l'Islam produiront la satisfaction du Dieu.

Que les Messieurs chargés de prendre les décisions ne fassent preuve d’aucune hésitation, ni doutes, ni atermoiement. Ils doivent s'efforcer à réprimer les mécréants avec la plus grande violence. Faire preuve d'hésitation dans les affaires judiciaires de l'Islam révolutionnaire serait négliger le sang pur des martyrs. »

Rouhollah al-Moussavi al-Khomeiny

 

L'organisation des exécutions

Le régime craint la rentrée scolaire (les universités avaient été fermées pendant deux années pour les purger de ses éléments hostiles au régime) et des troubles suivant la fin de la guerre. Les dirigeants de l'époque décident donc d'en finir avec la rentrée. Les massacres commencent en juillet 1988 dans la plus grande discrétion.

Des pelotons d'exécution sont envisagés mais trop bruyants, risquant donc d'alarmer les prisonniers et le voisinage, et trop couteux. En Province, des prisonniers seront fusillés mais la solution retenue en général est finalement les rangées de potence, plus efficaces et moins couteuses.

Aux prisons d'Evin et Gohardasht à Téhéran, le régime va exécuter toutes les heures de 7h30 à 17h00, jeunes à partir de 13 ans, femmes enceintes, hommes ou vieillards, près de 3800 personnes seront exécutées la première nuit. Quand les cadences ne sont pas respectées à la prison d'Evin de Téhéran, les prisonniers sont exécutés en leur servant des rafraîchissement empoisonnés. Deux médecins (M. Mirzaï et Ata Foroughi, responsable de la clinique de la prison) supervisent les exécutions avec M. Lajavardi, directeur de la prison d'Evin. En moyenne, ce sont plusieurs centaines d'exécutions par jour qui ont lieu en Août et Septembre 1988, atteignant le record de 8000 pendus en deux semaines. Les cadavres des victimes sont stockés et expédiés par convoies nocturnes vers un terrain vague du quartier Khavaran dans le Sud de la capitale, jetés dans des fosses communes. Les charniers seront d'abord découverts par les chiens qui déterrent les cadavres. Khavaran va vite devenir un charnier à ciel ouvert. Dans d'autres endroits, les cadavres seront soit enterrés dans des canaux ou dans des cimetières.

Le nombre exact d'exécution ainsi que les conditions seront tus par la République Islamique. Mais le nombre des victimes s'élèvent à plus de 30000. Les exécutions ont eu lieu dans pratiquement toutes les villes iraniennes, province comprises, même si les massacres principaux ont eu lieu à Téhéran.

(http://fr.wikipedia.org/wiki/Exécution_des_prisonniers_politiques_iraniens_de_1988)


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