Ismael : le Chiisme et les Safavides

Dans les premières années du 15e siècle, un tout jeune souverain se taille un Empire et devient le fer de lance du chiisme duodécimain.

Entre diplomatie et combats sanglants, Ismaïl le Safavide, dont la dynastie règnera plus de deux siècles sur l'Iran, tient sa place en tacticien entre Ottomans à l'ouest et Ouzbeks à l'est - tous deux sunnites.

Son fils Tahmasp vaincra lui aussi par le fer et par le verbe.

Père et fils redonnent à la civilisation persane son éclat d'antan.

ismael safavide

En l'an 1500, Ismaïl le Safavide (r. 1501-1524), à peine âgé de douze ans, part à la conquête du monde. Et il conquiert, sinon le monde, du moins un vaste empire qui s'étend des rives de l'Amou-Daria au golfe Persique, de la Mésopotamie à l'Anatolie. Descendant des cheikhs soufis d'Ardabil et vénéré de ses partisans à l'égal d'un demi-dieu, il conduit ses soldats de victoire en victoire, prônant un chiisme militant qui exalte l'imam Ali et ses onze successeurs au point d'éclipser quasiment le Prophète lui-même.

En signe de dévotion pour les Douze Imams, les guerriers safavides adoptent le bâton d'écarlate à douze faces planté dans le bonnet rouge à turban. D'où leur nom de Qizilbash, « têtes rouges » en turc, leur langue majoritaire. Ali, cousin et gendre de Mohammed, n'étant que quatrième dans l'ordre des successeurs du Prophète, les trois premiers califes, Abou Bakr, Omar et Othman, sont déclarés usurpateurs.

Les imprécations (sabb) et malédictions (la'nat) à leur encontre deviennent alors les cris de ralliement des Qizilbash. Ils défilent tous les jours dans les bazars et autres quartiers animés des grandes villes sous la conduite des exécrateurs (tabarra'iyan) qui conspuent les noms des trois « usurpateurs » et scandent des slogans diffamatoires. Ces slogans tiennent lieu d'arguments théologiques pour démontrer la justesse du chiisme par rapport au sunnisme, tandis que les louanges à la Maison d'Ali servent à affirmer la légitimité des Safavides qui allèguent une généalogie controuvée pour se prétendre héritiers du Septième Imam Moussa al-Kazim et porte-étendards du vrai islam.

Bien entendu, ces revendications ne sont pas du goût des voisins sunnites, qui se posent à leur tour en tenants de l'islam authentique et taxent d'hérétiques les doctrines religieuses d'Ismaïl. Malgré le caractère essentiellement politique de leurs motivations, ils recherchent l'affrontement en invoquant leur devoir de rétablir l'islam authentique. Mais ces voisins réagissent diversement aux actions religieuses des Safavides, selon leur pouvoir relatif et le degré de menace que font peser sur eux les visées expansionnistes d'Ismaïl.

Le plus puissant d'entre eux, l'Empire ottoman (1281-1924), lance l'offensive sur tous les fronts à la fois : religieux, commercial et militaire. Les Ouzbeks, de leur côté, affichent une tolérance religieuse de façade tout en faisant valoir leurs droits héréditaires sur le Khorasân. Leurs incursions répétées sur ce territoire ne leur permettent pas d'y prendre pied durablement et ils ne représentent pas de véritable danger.

Quant à la dynastie moghole fondée par Bâbur (r. 1526-1530) en Inde, ayant reçu l'aide militaire d'Ismaïl, et ses soldats allant même jusqu'à arborer quelque temps le bonnet rouge des Qizilbash, elle ne conteste à aucun moment les Safavides sur le plan religieux.

Lorsque Tahmasp (r.1524-1576) succède à Ismaïl, il se retrouve exactement dans la même situation que son père face à ses voisins, et les rapports de force militaires restent inchangés. La grande nouveauté, c'est que Tahmasp s'appuie sur le patrimoine culturel persan dans une partie du monde où cette civilisation a un rayonnement considérable. Il force l'admiration de ses voisins, qui regardent avec
envie les valeurs culturelles safavides. Ce qui lui donne un avantage moral, par-delà son emprise politique et militaire.

Ismaïl et les Ottomans

La fulgurante ascension d'Ismaïl se produit pendant le règne du sultan ottoman Bajazet II (r. 1481-1512), fils de Mehmet II, le vainqueur de Constantinople. Au début, les relations entre les deux gouvernants reflètent leurs situations respectives au sein du monde islamique : Bajazet, empereur suprême en terre d'islam, engagé dans une guerre sainte contre les infidèles chrétiens, et Ismaïl, chef des tribus turkmènes, qui s'attache à bâtir un royaume sur le territoire perse.

Dans leurs premiers échanges de lettres, Ismaïl qualifie Bajazet de « sultan des sultans islamiques en vertu de l'autorité que confère Dieu », tandis que son aîné lui rend le compliment en l'appelant « Shah Ismaïl, souverain des provinces de Perse et seigneur des terres turques et daylamites en vertu de l'autorité que confère Dieu ».

De Trébizonde où il a établi ses troupes, Sélim, fils de Bajazet et futur Sélim 1er (1512-1520), voit les choses différemment. Sachant qu'Ismaïl jouit d'une immense popularité auprès des Turkmènes d'Anatolie et peut compter sur leur dévouement total, il trouve son père trop complaisant à l'égard de ce rival. Sélim redoute une nouvelle défaite cinglante infligée par un conquérant venu de l'Est, car le souvenir de celle de son ancêtre Bajazet 1er, vaincu par Tamerlan cent ans auparavant, est toujours vivace.

Il force son père à abdiquer et élimine les autres prétendants au trône avec l'aide des janissaires, soldats d'élite de l'infanterie ottomane. Le ton change aussitôt dans les lettres. Le souverain safavide n'est plus « Shah Ismaïl », mais « Émir Ismaïl, seigneur de la terre d'injustice, joie des coquins et chef des gredins ». Sélim 1er, obnubilé par lsmaïl, se prépare à lui faire la guerre, quitte à interrompre pour l'instant ses opérations militaires en Europe.

Puisque le plus gros des effectifs qizilbash provient des provinces orientales d'Anatolie, il s'empresse de fermer la frontière sur le flanc est afin d'empêcher les recrutements de soldats. Cette manoeuvre prive les Safavides d'une importante source de revenus : les taxes prélevées au passage des caravanes marchandes, qui évitent désormais de traverser l'Iran. Et avant de conduire son armée vers l'est, Sélim ordonne le massacre de 40 000 Turkmènes soupçonnés de sympathie envers leurs frères qizilbash. Et puis, afin de stimuler l'ardeur religieuse de ses soldats, il fait prononcer une fatwa stipulant que, pour Dieu, « l'exécution d'un chiite iranien vaut celle de soixante-dix infidèles chrétiens. »

Sélim 1er affronte Shah Ismaïl en 1514, dans la plaine de Chaldiran. L'artillerie ottomane met en déroute les Qizilbash, inférieurs en nombre. Cependant, l'armée de Sélim est très affaiblie quand elle entre dans la capitale safavide Tabriz. Elle doit l'évacuer au bout de huit jours afin de se replier sur l'Anatolie. Mais Sélim est bien déterminé à en finir avec Ismaïl. Dès son retour, il se remet sur le pied de guerre.

Entre-temps, Ismaïl a essayé de rallier à sa cause le sultan mamlouk d'Égypte, Qansuh al-Ghuri (r. 1501-1516). Sélim 1er réplique en attaquant les Mamlouks, dont il annexe le territoire abritant les villes saintes de La Mecque et Médine. En une seule opération, il a mis fin à deux cent soixante-dix-sept ans de règne mamlouk et ajouté à sa longue série d'épithètes le titre de Khadim al-Haramayn al-charifayn, que l'on peut traduire par gardien ou serviteur des deux Lieux saints.

Les pointes de sarcasme qui émaillaient les lettres d'Ismaïl cèdent la place à des propos plus conciliants. Du coup, Sélim 1er exige avec une fermeté grandissante que son adversaire renonce à ses allégeances hérétiques pour adopter la « vraie religion ». Afin de manifester publiquement son mépris pour les tentatives de conciliation d'Isrnaïl, il fait arrêter ses ambassadeurs et fiance son épouse captive Tajlu Khanum à l'un de ses officiers, sous prétexte que les mariages avec des chiites sont nuls et non avenus.

Face à tous ces revers, Ismaïl se comporte en tacticien rusé. Il alterne les offres de concessions avec les parades militaires et autres démonstrations de force ostentatoires pour tenter de dissuader les Ottomans de lancer une nouvelle offensive contre lui. Cette guerre psychologique finit par porter ses fruits. Les janissaires ne sont plus assez motivés pour aller combattre sur le flanc est. Les plans de campagne de Sélim 1er tournent court et Ismaïl obtient un répit dont il a bien besoin pour renforcer ses positions.

Ismaïl et les Ouzbeks

En 1506, alors qu'Ismaïl achève la conquête de l'empire des Aq-Qoyunlu, le seigneur de guerre ouzbek Mohammed Khan Chaibani menace lesTimourides de Hérat après s'être emparé de Samarcande. Descendant d'un petit-fils de Gengis Khan, Chaïban, il détient un droit héréditaire sur le Khorasân, et considère les Timourides comme des usurpateurs. Le dernier sultan timouride, Hussein Bayqara, est mort en allant à la rencontre du khan chaïbanide.

La défense de Hérat incombe désormais à ses deux fils, Badi al-Zaman Mirza et Mozaffar Hussein Mirza, qui ne sont pas de taille à lutter contre les envahisseurs ouzbeks. Chaïbani Khan a tôt fait de les repousser pour entrer triomphalement dans Hérat en souverain légitime venu récupérer son territoire. Les Hératis ne subissent aucune représaille. Les artisans et les artistes ne sont pas expulsés non plus. Avec la conquête des territoires timourides, l'affrontement entre le khan chaïbanide et Ismaïl devient inévitable.

Là encore, les premières escarmouches se déroulent sur le terrain diplomatique. Le khan rabaisse Ismaïl en le qualifiant de darugheh (nom donné aux gouverneurs désignés par les Mongols dans les territoires conquis) ou de cheikh-oglou (« fils de cheikh »). Il le traite de faux monarque sans ancêtre royal. À ce compte-là, rétorque Ismaïl, la première dynastie iranienne, celle des Pishdadiens, aurait dû rester en place et Gengis Khan lui-même n'est qu'un usurpateur.

Et il remarque perfidement que Chaïbani Khan n'a pas tenu sa promesse d'envahir l'Iran sur le chemin du pèlerinage à La Mecque, alors que lui a accompli son pèlerinage à Mashhad comme il en avait fait le voeu, même si le khan n'était pas là pour l'accueillir avec tous les honneurs dus à son rang !

En 1509, les troupes d'Ismaïl encerclent la citadelle de Merv où Chaïbani Khan attendait de nouveaux bataillons ouzbeks. Ismaïl attire le khan à l'extérieur de la citadelle avant l'arrivée des renforts, l'entraîne dans un caravansérail en ruine et massacre la totalité de son escorte. Il fait trancher la tête du khan retrouvé mort sous une pile de cadavres, envoie son cuir chevelu à Bajazet et une main à un autre allié, tandis qu'il transforme le crâne en coupe à vin.

Ismaïl et Bâbur

Pendant que les Ouzbeks avancent vers le sud et prennent des domaines timourides, plusieurs princes timourides, notamment le fils aîné du sultan Hussein Bayqara, Badi al-Zaman Mirza, accourent en territoire safavide. Ismaïl les reçoit dignement. Ils avaient un adversaire commun en la personne de Chaïbani Khan, dont ils fêtent la mort en buvant du vin dans son crâne.

Bâbur est un des princes timourides qui ont subi une défaite face à Chaïbani Khan. Et c'est un prince en quête de royaume. Il a occupé Samarcande en 1501, mais Chaïbani Khan l'en a chassé presque aussitôt. Maintenant que cet ennemi est mort, Bâbur espère qu'Ismaïl va l'aider à reprendre Samarcande. Ismaïl lui fournit des soldats et il réussit à reconquérir Samarcande, mais pas pour longtemps. Car Ismaïl ne l'a pas aidé sans contrepartie : Bâbur doit porter le bonnet rouge des Qizilbash et faire prononcer le prêche du vendredi selon le rite chiite et en invoquant le nom d'Ismaïl.

Moins de trois mois après l'arrivée de Bâbur, la population sunnite de Samarcande se soulève contre lui et l'expulse de la ville. Bâbur s'allie à nouveau avec les Safavides. Le vizir persan Nadjm Sani placé à la tête des armées qizilbash et timouride réunies ne parvient à conduire ni l'une ni l'autre contre le fort contingent ouzbek retranché à Guijduvan. La contre-attaque ouzbèke provoque la débâcle des Qizilbash.

Bâbur abandonne le champ de bataille avec sa troupe pour se diriger vers le sud. Il achève la conquête de l'Inde peu après la mort d'Ismaïl. Cependant, les rapports entre ces deux dirigeants préfigurent les relations ultérieures entre Safavides et Moghols. Elles resteront courtoises et même amicales malgré l'adhésion des Moghols à l'islam sunnite.

Tahmasp et les Ouzbeks

Comme la plupart de ses illustres prédécesseurs turco-mongols, Ismaïl est mort jeune d'une consommation excessive d'alcool. Son fils Tahmasp lui succède à l'âge de dix ans. Le jeune souverain entre à peine dans l'adolescence quand les Ouzbeks recommencent leurs incursions traditionnelles dans le Khorasân. Leur chef Oubeidallah Khan, neveu de Chaïbani Khan, escompte une victoire rapide contre leur adversaire inexpérimenté.

Les Qizilbash affrontent les soldats ouzbeks près de Jam. Les flancs de l'armée ne résistent pas au choc, mais Tahmasp, au centre, tient bon. Après avoir fait donner l'artillerie, il envoie soudain sa garde spéciale à l'assaut d'Oubeidallah Khan qui se croyait déjà vainqueur. Le khan, grièvement blessé, parvient tout juste à se réfugier en Transoxiane.

La victoire remportée à Jam aura des retombées décisives pour l'avenir de l'État safavide. Tahmasp acquiert le respect des commandants qizilbash qui ont pu apprécier sa patience, son courage, sa détermination et son sens tactique. Dans ses rapports avec les Ouzbeks, il gagne une assurance dont il ne se départira jamais. Surtout, il a compris l'utilité de la puissance de feu face à l'armée ouzbèke mal équipée pour ce type de combat.

Dès lors, il réserve son artillerie aux opérations sur le front oriental, en refusant de la gaspiller contre les Ottomans supérieurement armés sur le front occidental. À quatorze ans, Tahmasp a vaincu un prestigieux descendant de Gengis Khan, qui était aussi le très éminent chef des Ouzbeks.

Ce n'est pas un simple coup de chance. La suite des événements ne fait que confirmer ses qualités militaires. En 1534, Tahmasp lance sa première et dernière offensive contre les Ouzbeks. L'avant-garde qizilbash marche déjà sur Boukhara quand la nouvelle d'une attaque ottomane imminente parvient à Tahmasp. Il annule immédiatement ses plans de campagne pour faire route vers l'ouest. Son armée va passer plusieurs années à se précipiter d'une frontière à l'autre pour repousser les attaques alternées des Ottomans et des Ouzbeks. Comme les Ouzbeks n'osent pas affronter directement Tahmasp, ils quittent toujours le Khorasân avant son arrivée.

Abolala Soudavar,
Spécialiste de l'art et des manuscrits persans

Complément : Les caractères du chiisme safavide

Trois traits peuvent résumer les principaux caractères du chiisme safavide :
- Le premier, qui fut d'ailleurs éphémère consiste dans l'aspect messianique de l'imamisme du Shah Ismaïl.
- Le deuxième, toujours constant et présent jusqu'au déclin de la dynastie, fut son caractère anti-sunnite.
- Le troisième réside dans son aspect étatique, officialisé et institutionnalisé.

Le Shah Ismaïl 1er prit la tête du mouvement Qizilbâsh (on les appelle « Têtes rouges » en raison de leur coiffure rituelle) comme un sauveur, au sens religieux du terme. L'auréole et le mythe de l'imam caché dominent effectivement la vie de ce roi. Il se présenta partout comme l'alter ego du douzième Imam comme quelqu'un à qui l'Imâm eût confié la mission de diriger la révolte des Qizilbâsh contre les impies. En lisant le contes du Shah Ismaîl, dans lesquels il se déclare le "Sauveur attendu", on a l'impression que les Qizilbâsh, les véritables artisans de la dynastie, voulaient exploiter au maximum l'idée chiite concernant la Parousie. Ils ajustèrent intelligemment le mahdisme à la taille de leur jeune idole.

De cette façon, Ismaîl devint Mahdi, en attendant le vrai Mahdi. A ce sujet, il existe deux contes dans le manuscrit attribué au fils de Khwandamir. Le premier conte dit que « le Sultan Haydar, père d'Ismaîl, vit dans son rêve 'Ali, qui lui dit : Ô mon fils ! Il est temps que de ta postérité sorte notre fils, pour annihiler tous les infidèles du globe. » Le second dit ceci : « Un soufi voit l'Imâm du Temps qui disait au Shah Ismâîl : Ô fils! Maintenant, il est bien temps de se révolter. Puis il lui donna le sabre d'un de ses compagnons. »

Les Qizilbash, en répandant des idées de ce genre, voulaient donner un aspect religieux et spirituel à un mouvement qui n'avait d'autre but que de s'imposer. Une fois le Shah Ismaîl devenu maître absolu du pays, ses prétentions mahdiste s'évanouirent rapidement. On a d'ailleurs remarqué qu'au fur et à mesure que les copies de Diwân du Shah Ismâîl avancent dans le temps, les vers dans lesquels il se déclare "Précurseur du Mahdi" ou le "Mahdi lui-même" sont supprimés. Seul quelques soufis qui avaient vraiment cru au messianisme des safavides proclamèrent Mahdi celui qui succéda à Ismâîl, à savoir Tahmâsb. Ce dernier écrasa ce groupe, en mettant à mort les meneurs.

En ce qui concerne le côté anti-sunnite du chiisme safavide, il est à noter que la politique anti-sunnite n'a été à aucune époque aussi méthodiquement alimentée et poursuivie. Le Shah Ismâîl, dans l'exercice de sa politique acharnée de chi'itisation des peuplements sunnites du Kurdistan, du Fârs, du Khorasan, de 'Azarbaidjan et d'autres régions n'hésita pas à utiliser tous les moyens répressifs. A Tabriz, par exemple, où les habitants sunnites étaient majoritaires, il agit si rudement que même les oulémas shî'ites de la ville ne purent éviter d'exprimer leur probation totale. Mais Ismaîl continua à s'obstiner en disant : « L'on m'a chargé cette mission ... Dieu et les Imams infaillibles sont avec moi. (C'est pourquoi) je n'ai peur de personne. Si le peuple conteste, je tire alors, à l'aide de Dieu ... mon sabre. Et je ne laisserai aucun survivant ! »

Dans la même ville, et un peu à l'image des Buyides, des inscriptions portant les noms des douze Imâms furent apposées aux murs des mosquées sur l'ordre du Shah. Plus tard, en 1514, le Sultan Salim (ottoman) les fit enlever. Ismaîl imposa aussi la lecture de la khutba au nom des Imams. Les manifestations pro-sunnites étaient interdites. De plus, maudire les trois premiers califes devint un acte obligatoire.

Sous Tahmasb 1er, l'anti-sunnisme, sans perdre sa vitalité, se transforma en une antipathie générale au lieu d'être considéré comme une affaire d'Etat. Sous le Shah Ismaîl II, la politique hostile au sunnisme subit un répit. Le shî'isme faillit perdre son caractère officiel mais, devant la pression des notables du régime, le souverain se vit obligé de lâcher les brides. Sorti de l'épreuve renforcé, le chiisme qizilbash reprit de nouveau sa forme initiale.

Sous 'Abbas 1er, les massacres des sunnites recommencèrent. (On peut en citer quelques-uns. Le massacre des habitants de la ville de Sîmnân en 1008, l'exécution de Mahoud Dabbâgh en 1017, de Kobâd Khân et de ses partisans en 1019, l'incendie de Mukrides à Marâgha, au cours de la même année.) Bien que le Shah 'Abbas se soit montré sensible aux conseils modérateurs de Djalâl al-din Akbar, roi des Indes, il ne modifia cependant pas pour autant sa politique religieuse. Les successeurs du Shah 'Abbâs resteront pour leur part fidèles à cette politique, jusqu'à ce que les Afghans sunnites mettent fin à la vie de la dynastie.

Au cours de cette période, la littérature chiite, vidée d'ailleurs de son contenu politique, se dirigea vers la théologie spéculative, la philosophie et le droit privé. La mythologie ainsi que l'étude biographique des Imâms occupèrent également une place importante. Parmi les auteurs chiites de cette époque, on peut citer les noms suivants :

* Mir Muhammad Bâqir Mir Dâmâd (m. 1041/1631), contemporain de 'Abbâs. Il est l'auteur de Sirât al-Mustaqîm (Le Droit Chemin).

* Shaykh Muhammad Bahâ al-din al-'Amîli (953-1034/1546-1622) auteur de plusieurs ouvrages dont le plus important est le traité de jurisprudence intitulé Djâmi' 'Abbâsi ;

* Mollâ Muhsîn Fayd Kâshi (du 16ème siècle), auteur de Abwâb al-Djannât (Portes du Paradis) théologien ;

* Mir Abû-I Qâsîm Findariski (m. 1050/1640-41), le philosophe le plus estimé de son temps ;

* Mollâ Sadrâ Muhammad b.Ibrâhîm (m. 1070/1660), l'un des philosophes les plus illustres de la Perse;

* 'Abd al-Razzâq Lâhidji (du 17ème siècle), d'obédience mystique, auteur de Gowhar Murâd (Joyau Recherché);

*. Mollâ Muhammad Taqi Madjlisi (m. 1070/1659-60), le premier auteur qui transcrivit les traditions chiites en langue persane;

* Mollâ Muhammad Bâqir Madjlisi (m. 1699) l'auteur du monumental ouvrage intitulé Bihâr al-Anwâr (Océan des Lumières) sur les traditions shî'ites.


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