Firaq al-Shi'a

Les sectes chiites

Ceux qui émiettent leur religion et se divisent en sectes (Shiya`an), de ceux-là tu n´es responsable en rien : leur sort ne dépend que d´Allah. Puis Il les informera de ce qu´ils faisaient. (Coran 6.159)

 

Les Saba'ites

L'un de ces groupes professait que 'Ali n'а pas été assassiné, qu'il n'est pas mort, qu'il n'a pu être tué, qu'il n'a pu mourir avant d'avoir conduit les Arabes, avec son bâton, et avant d'avoir rempli la terre de justice et d'équité, alors qu'elle est maintenant remplie d'injustice et de tyrannie. C'est le premier groupe de la communauté qui, dans l'Islam, ait professé l'arrêt de la transmission de l'Imâma (al-Waqf) après le Prophète ; il fut aussi le premier à soutenir des opinions extrémistes. Ce groupe portait le nom de 'Al-Sabâiya, les disciples de 'Abd-Allâh b. Sabâ. Celui-ci était de ceux qui blâmaient ouvertement 'Abu Bakr, 'Umar, Utman et les compagnons (du Prophète) et les rejetaient.

Abd-Allah b. Sabâ déclara que 'Ali lui avait ordonné d'agir ainsi. 'Ali le saisit alors, l'interrogea sur ses opinions ; après les avoir reconnues, 'Ali donna l'ordre de le mettre à mort. Alors les gens lui crièrent : « ô ! Commandeur des croyants (amir al-mu'minin), pourquoi fais-tu tuer un homme qui prêche l'attachement des « gens de la maison » et qui (demande) le ralliement autour de toi et que l'on se désolidarise de tes ennemis ? » 'Ali l'envoya à al-Madâin.

(Certains savants compagnons) de 'Ali ont rapporté que 'Abd-Allah b. Sabâ était Juif et qu'il se convertit ensuite à l'Islam et qu'il se rallia à 'Ali. Alors qu'il était encore Juif, il soutenait ces mêmes opinions en faveur de Yûsa' b. Nûn (Josué de la Torah) après (la mort) de Musa. Il en vint ainsi, une fois devenu musulman, à soutenir la même opinion en faveur de 'Ali, après la mort du Prophète.

En tout cas, il fut le premier à soutenir publiquement le caractère obligatoire de l'Imâma de 'Ali et à se désolidariser ouvertement de ses ennemis, déclarant sa haine pour ses adversaires. De là vient l'opinion des adversaires du Shi'a selon laquelle l'origine du Râfîdisme est empruntée au judaïsme.

Quand la nouvelle de la mort de 'Ali parvint à al-Madâin, Abd-Allâh b. Sabâ dit au porteur de (cette) mauvaise nouvelle : « Tu mens ! et même si tu nous avais apporté la cervelle (de 'Ali) dans soixante-dix paquets et si tu produisais soixante-dix témoins de sa mort, nous n'en saurions pas moins qu'il n'est ni mort ni assassiné ; et qu'il ne mourra pas avant de régner sur la Terre. »

 

Les propos de ceux qui croyaient à l'Imâma ďAl-Hasan

Un groupe s'en tint l'Imâma de al-Hasan b. 'Ali, après son père exception faite d'un tout petit groupe de gens qui, lorsque al-Hasan se réconcilia avec Mu'âwîya en acceptant les biens que celui-ci lui avait envoyés, et lorsque Mu'âwîya eut signé la paix avec al-Hasan, critiqua son attitude, le contredit et se détourna de son Imâma ; ainsi ce groupe eut pour lui l'opinion de la masse des gens. Mais, la plupart de ses partisans restèrent fidèles à l'Imâma (de Hasan) jusqu'à sa mort.

Quand (al-Hasan) renonça à combattre Mu'âwîya et qu'il arriva à Mazlim Sâbât, un homme de ce lieu appelé al-Jarrâh b. Sinân se jeta sur lui, saisit la bride de sa monture et cria : « Dieu est grand, toi aussi, tout comme ton père auparavant tu as associé quelqu'un à Dieu. » Il le frappa à la cuisse, avec un stylet, le coupant jusqu'à l'os.

Al-Hasan alors le prit par le cou, et tous deux tombèrent. Les gens se rassemblèrent et écrasèrent al-Jarrâh à coups de pieds jusqu'à ce que mort s'ensuive. Ensuite on porta al-Hasan sur une litière jusqu'à al-Madâin où l'on ne cessa de le soigner, chez Sa'd b. Mas'ûd al-Taqafi, jusqu'à ce que sa, blessure se cicatrisât.

Al-Hasan s'en alla ensuite à Médine où il ne cessa de sentir les effets de sa blessure, cachant sa fureur, avalant sa salive malgré la tristesse et la douleur causées par ses partisans, jusqu'à sa mort, à la fin de Safar 47 (avril. 667) à l'âge de 45 ans et six mois.

 

Les propos de ceux qui croyaient à l'Imâma de Al-Husayn

Lorsque al-Husayn fut tué, un groupe de ses partisans fut dans l'incertitude et déclara : « la conduite d'al-Hasan et al-Husayn nous paraît contradictoire ; si la façon d'agir d'al-Hasan était vraie, légitime, correcte, lorsqu'il a fait la paix avec Mu'âwîya et qu'il a renoncé (au pouvoir) en sa faveur, se sachant incapable de soutenir le combat, et ceci malgré le grand nombre de partisans et la force dont, lui, al-Hasan, disposait - que dire alors de ce que al-Husayn a fait en combattant Yazid b. Mu'âwîya, alors que le nombre de ses partisans était infime et qu'ils étaient faibles, et que, par contre, les partisans de Yazid étaient nombreux ! »

Le fait que al-Husayn ait été tué et que ses compagnons l'aient été aussi, constitue une action vaine, ne répondant à aucune obligation. Car al-Husayn était plus excusable en s'abstenant de combattre Yazîd et en cherchant à établir la paix et la trêve, que al-Hasan (ne l'était) en s'abstenant de combattre Mu'âwîya. D'autre part, si al-Husayn avait agi avec raison, par obligation et par nécessité, en faisant la guerre à Yazid b. Mu'âwîya jusqu'à ce qu'il fût tué ainsi que ses enfants et ses compagnons, alors étaient injustifiés l'abstention d'al-Hasan, son abandon du combat contre Mu'âwîya alors que ses partisans étaient très nombreux.

Ainsi, les gens vinrent à douter de (la légitimité) de leur Imâma, ils se détournèrent d'eux pour se joindre à la masse des gens. Toutefois, les autres compagnons d'al-Husayn restèrent fidèles à son Imâma comme auparavant et jusqu'à sa mort.

 

Les propos de ceux qui croyaient à l'Imâma de Muhammad b. Hanafîya

Après lui (Hussein), trois groupes se formèrent : un groupe prêchait l'Imâma de Muhammad b. al-Hanafîya et professait qu'après al-Hasan et al-Husayn, nul n'était aussi près du commandeur des croyants ('Ali) que lui, partant du fait qu'il avait plus de droits à l'Imâma ; comme al-Husayn, après al-Hasan, avait plus de droits à cela que le fils de al-Hasan ; de même Muhammad devait être l'Imâm après al-Husayn.

Les Muhtârites

Un groupe professait que Muhammad b. al-Hanafîya était l'imam, le Mahdi et le successeur désigné par 'Ali b. Abu Tâlib. Il n'appartenait à aucun de ses parents de s'opposer à lui ; de s'écarter de son Imâma, ou d'entrer en guerre, sans sa permission. Al-Hasan b. 'Ali, lui-même, était en fait, parti pour faire la guerre à Mu'âwîya et il s'est réconcilié avec lui et a signé la paix sur l'ordre de Muhammad.

Ce fut encore par ordre de ce dernier que al-Husayn se souleva pour combattre Yazid ; si (al-Hasan et al-Husayn) ne lui avaient pas obéi, ils seraient sortis du droit chemin et ils auraient été perdus. Quiconque s'opposerait à Muhammad b. al-Hanafîya serait un impie et un associateur. C'est Muhammad qui désigna al-Muhtâr, après la mort d'al-Husayn, comme gouverneur des « Deux Iraqs » avec l'ordre de le venger en tuant ses meurtriers et de poursuivre ceux-ci où ils se trouvaient. Il (Muhammad) lui a donné le nom de Kaysân à cause de son « intelligence » et parce qu'il se signalait par son activité et ses opinions favorables à la (famille du Prophète).

Ce groupe reçut le nom de Muhtârites et aussi celui de Kaysânites. Muhammad b. al-Hanafîya mourut à Médine, au mois de Muharram 81 (mars 700) - à l'âge de soixante cinq ans ; il avait vécu vingt-quatre ans, du vivant de son père, et quarante et un ans, après lui.

Les Karbites

Un groupe professait que Muhammad b. al-Hanafîya était le Mahdi et que 'Ali, lui-même, l'avait ainsi appelé. Il n'était donc pas mort et ne mourrait pas, et cela n'était pas possible ; il s'est absenté et on ne sait pas où il se trouve ; il reviendra pour régner sur la Terre et il n'y a pas d'Imâm pendant son absence, et cela jusqu'à son retour.

Ce sont les disciples d'Ibn Karb, les Karbites.

- Hamza b. 'Ammâra al-Barbari (Un des extrémistes maudits par Ja'far al-Sadiq) qui faisait partie de ce groupe et était Médinois, s'écarta d'eux ; il prétendit qu'il était prophète, que Muhammad b. Hanafîya était Dieu-très haut (que Dieu soit exalté et reste au-dessus de cela). Il disait, en outre que Hamza était Imam et que Dieu faisait descendre pour lui sept liens célestes par lesquels il pourrait conquérir, la terre et y régner. Un certain nombre de gens de Médine et de Kufa le suivirent ; mais Abu Ja'far Muhammad b. 'Ali b. al-Husayn le maudit, se désolidarisa de lui, l'accusa de mensonge ; de même les Sh'ites se désolidarisèrent de lui.

Cependant, deux hommes de Nahd : Sâ'id et Bayân suivirent ses opinions. Sâ'id était marchand de paille à Kufa et prétendit, par la suite, que Muhammad b. Ali b. al-Husayn l'avait désigné comme successeur. Halid b. 'Abd-Allâh al-Qasri (Gouverneur d'Iraq) le saisit avec quinze de ses disciples, les lia avec des cordes de roseaux, versa du naphte sur eux, à la mosquée de Kufa, et y mit le feu. L'un d'eux s'échappa, sortit, mais regarda en arrière et, voyant ses amis en flammes, il revint sur ses pas, se jeta dans le feu et brûla avec eux.

Hamza b. 'Ammâra avait épousé sa propre fille et permettait toutes les choses interdites en déclarant : « que toute personne qui connaît l'Imam fasse ce qu'elle veut, car il n'y a pas de péché ». Ainsi, les disciples d'Ibn Karb, de Sa'id et de Bayân, attendent le retour de ceux-ci et de leurs compagnons. Ils prétendent que Muhammad b. al-Hanafîya, après s'être caché de ses créatures, se montrera, descendra sur la terre et deviendra le commandeur des Croyants ; c'est, pour eux, la vie future.

- Un groupe professait que Muhammad b. al-Hanafîya était vivant et séjournait dans les monts de Radwâ entre La Mecque et Médine ; il est nourri par les gazelles qui viennent matin et soir auprès de lui pour qu'il boive de leur lait et mange de leur chair. A sa droite, se tient un lion, à sa gauche, un autre lion ; ils le gardent jusqu'au moment de son apparition, de son arrivée, de sa manifestation.

Certains disaient qu'un lion se tenait à sa droite et un tigre à sa gauche. Selon eux, c'est l'lmâm attendu, dont le Prophète a annoncé qu'il remplirait la terre de justice et d'équité. Ils restèrent fermes sur cette opinion, jusqu'à leur anéantissement et leur disparition, mis à part un petit nombre de leurs descendants. Ils formèrent un des groupes Kaysânites.

 

Les Mansurites

Ils sont les disciples d'Abû-Mansûr qui prétendait que Dieu-très-Haut l'avait fait monter près de lui, qu'il lui avait parlé, l'avait caressé et appelé, en syriaque : « ô ! mon fils ». Il ajoutait qu'il était « prophète » et « envoyé » et que Dieu l'avait choisi pour ami. Cet Abu Mansûr était de Kufa, de la tribu de 'Abd al-Qays, où il avait une maison, mais il fut élevé dans la Bâdîya (en milieu bédouin) et il était analphabète (ummi), ne sachant pas lire. Il prétendait, après la mort de 'Abu Ja'far, que celui-ci l'avait choisi pour successeur. Il alla encore plus loin, jusqu'à soutenir que 'Ali b. Abu Tâlib était Prophète et Envoyé, de même que al-Hasan, al-Husayn, 'Ali b. al-Husayn et' Muhammad b. 'Ali - « je suis, moi aussi, Prophète et Envoyé ; ma prophétie (se transmettra) à six de mes descendants qui, à ma suite, seront prophètes, le dernier sera al-Qâim. »

Il recommandait à ses disciples d'étrangler et de tuer leurs adversaires, par surprise, en déclarant : « Celui qui est notre adversaire est impie et associateur, tuez-le parce que ceci est la guerre sainte cachée (al-Jahâd al-Hafîy). » Il prétendait que Gabriel lui apportait des révélations (Wahy) de Dieu-le-très-Haut et que, pour la révélation (tanzil) Dieu avait envoyé Muhammed, tandis que lui-même était envoyé pour l'interpréter (ta'wil). Hâlid b. 'Abd-Allâh al-Qasri le fit vainement rechercher ; ensuite, 'Umar al-Khannâq (l'étrangleur) réussit à trouver son fils al-Husayn b. Abî Mansûr alors qu'il s'était déclaré Prophète, prétendant au rang de son père et se faisant verser les impôts.

Un grand nombre de personnes l'avait suivi et avait reconnu sa prophétie. Alors ('Umar al-Khannâq) l'envoya auprès de al-Mahdi qui le fit tuer et crucifier sous son règne, après qu'il eût reconnu avoir professé ces opinions. Il lui confisqua une grande fortune et fit rechercher énergiquement ses disciples ; il en trouva quelques-uns qu'il fit aussi tuer et crucifier.

 

Les Khattâbites

Quant aux disciples d'Abû al-Khattâb Muhammad b. Abu Zaynal al Ajda' al-Asadi et ceux qui professaient la même opinion qu'eux, Quand Ja'far b. Muhammad avait maudit Abu al-Khattâb et l'avait renié, lui et ses partisans ; ils se divisèrent et donnèrent naissance à quatre groupes. Abu al-Khattâb avait prétendu être le préposé (Qayîm) et l'exécuteur testamentaire (wasy) de Ja'far b. Muhammad qui, en outre, lui avait enseigné le nom suprême de Dieu (Ism Allah al-A'zam). Ensuite, il alla jusqu'à prétendre être prophète et envoyé, être un des anges, être l'envoyé de Dieu auprès des habitants de la terre pour déclencher leur responsabilité.

Un de leurs groupes professait que Abu' Abd-Allah Ja'far b. Muhammad est Dieu - le très-Haut, qu'il soit exalté et reste au-dessus de cela ! - et que Abu al-Khattâb est le Prophète qu'il a envoyé, ordonnant aux hommes de lui obéir. Ils légitimaient tout ce qui est défendu, comme l'adultère, le vol, le vin. Ils rejetaient l'aumône légale, la Prière, le jeûne et le pèlerinage. Ils permirent, entre eux, la satisfaction des plus bas de leurs désirs. Ils professaient que, si une personne demandait à son coreligionnaire de témoigner, en sa faveur, contre ses adversaires, il fallait qu'elle ait foi en sa parole et témoigne, parce que c'est un précepte obligatoire pour lui. Ils considéraient que tous les préceptes (farâid), les turpitudes (fawâhis), les péchés (dont il était question dans le Coran) symbolisaient des hommes (particuliers) ; et qu'ils n'avaient pas de sens réel.

Pour justifier leurs idées, ils se basaient sur une interprétation licencieuse de la parole de Dieu-le-très-Haut : « Allah veut alléger pour vous (vos devoirs), car l'Homme a été créé faible. » (Coran 4.28) Ils déclaraient : « Grâce à Abu al-Khattâb, il nous a allégés des devoirs épuisants, des Prières, du Jeûne, des aumônes, du pèlerinage. » Ainsi, toute personne qui reconnaissait le Prophète, l'Envoyé et l'Imâm, peut faire ce qu'elle veut.

Un groupe disait que Ja'far b. Muhammad était Dieu le-très-Haut, qu'il soit exalté et reste au-dessus de cela, et qu'il était une lumière qui pénètre dans les corps des exécuteurs testamentaires (awsiâ) et unit substantiellement avec eux ; cette lumière était dans le corps de Ja'far ; en sortant, elle entra dans le corps d'Abû al-Khattâb ; Ja' far, ensuite, est devenu un ange. Ensuite, elle est sortie du corps d'Abû al-Khattâb, pour entrer dans celui de Ma'mar (Shî'ite extrémiste, un de ceux qui prêchaient la doctrine Zaydite. C'était un marchand de blé à Kufa. L'Imâm Ja'far al-Sâdiq le maudit.) Abu al-Khattâb est, aussi, devenu un ange, par conséquent, Ma'mar est Dieu-le-très-Haut.

Par la suite, Ibn Labbân se mit à prêcher à Ma'mаr, en disant qu'il était Dieu-le-très-Haut ; il priait, jeûnait, en son nom, il légitimait tous les désirs permis et défendus. Pour lui, rien n'était défendu. Il déclarait : « Dieu n'a créé ces choses que pour ses créatures, comment se peut-il que cela soit défendu. » C'est pourquoi, il légitimait l'adultère, le vol, l'usage du vin, des viandes mortes, du sang, de la viande de porc, l'inceste avec la mère, avec la fille, avec la soeur, la sodomie.

Il exempta ses disciples du devoir du « bain rituel » (Ghusl-al-janâba) en disant : « Comment me laverai-je d'une goutte dont je suis créé ? » Il prétendait, en outre, que tout ce que Dieu avait permis ou défendu, dans le Coran, symbolisait des noms d'hommes précis. Certains Shi'ites s'opposèrent à lui et dirent à ses (disciples) : « Les deux hommes que vous tenez pour être devenus des anges (c'est-à-dire Ja'far et Abû-al-Khattâb) ont renié Ma'mаг et Bazig et ils les déclarèrent impies et démons, ils les ont même maudits. »

(Les disciples de Ma'mаг) répliquèrent : « Ces deux-là que vous considérez comme Ja'far et Abu al-Khattâb n'étaient que deux démons qui ont pris leur apparence, pour détourner les gens de la vérité, car Ja'far et Abu al-Khattâb sont deux archanges de Dieu suprême ; Ma 'mar est le Dieu sur la terre et il obéit au Dieu du ciel dont il reconnaît les vertus et la supériorité. »

(Les Shi'ites leur) répondirent : « Comment ces choses peuvent-elles être possibles, puisque Muhammed affirmait toujours être le serviteur de Dieu et que son Dieu est celui de tous les êtres, le Seigneur du Ciel et de la terre, leur Dieu et qu'il n'y a pas d'autre Dieu ? »

(Les disciples de Ma'mar) répliquèrent : « Le jour où Muhammed disait ces paroles, il était un serviteur que Abû Tâlib avait envoyé comme prophète. Car, la lumière qui est Dieu était en 'Abd al-Muttalib, ensuite, en Abu Tâlib, puis en Muhammed et, enfin, en 'Ali b. Abu Tâlib, ainsi sont-ils tous Dieu. »

(Les Shi'ites) reprirent : « Comment cela peut-il être ? alors que Muhammed a invité Abû-Tâlib à accepter la foi de l'Islam et que celui-ci a refusé » ; certes le Prophète déclara : « J'ai demandé à Dieu de lui pardonner et Dieu m'accordera son pardon. »

(Les disciples de Ma'mar) répondirent : « Muhammed et Abu Tâlib se moquaient des gens ! » Voyez ce que Dieu dit : « Gaussez-vous de nous ! Bientôt nous nous gausserons de vous, comme vous vous gaussez » (Coran 11.38) « Ils se moquent d'eux, Allah se moquera d'eux » (Coran 9.80). Or, Abu Tâlib est Dieu-le très Haut ! A sa mort, l'Esprit s'en alla pour demeurer en Muhammed qui devint, en vérité, lui-même Dieu-le-très-Haut, tandis que 'Ali devenait prophète. A la mort de Muhammed, l'Esprit s'en alla pour rentrer en 'Ali. Ainsi, sans cesse, (l'Esprit divin) transmigra de l'un à l'autre jusqu'à ce qu'il fût en Ma'mar.

 

Ceux qui doutent de l'Imâma de l'Imâm Bâqir

Mais, ceux qui étaient soumis à l'Imâma de 'Ali b. Abu Tâlib, et, ensuite, à l'Imâma de al-Hasân al-Husayn, de 'Ali b. al-Husayn soutinrent l'Imâma de Abu Ja'far Muhammad b. 'Ali Bâqir al-Ilm et lui restèrent attachés jusqu'à sa mort. Mais il y avait un petit nombre de gens, parmi eux, qui entendirent les propos d'un homme appelé 'Umar b. Riyâh. Celui-ci prétendait avoir posé une question à Abu Ja'far qui lui donna une réponse. Ensuite, il revint l'année suivante (auprès de Abu Ja'far) lui posa la même question, mais il reçut une réponse opposée à celle de l'année précédente.

Il dit à Abu Ja'far que sa réponse était en contradiction avec celle de l'année précédente. Abu Ja'far répondit : « Nos réponses (à de telles questions) sont parfois dictées par la restriction mentale (Taqîya). » Alors, ('Umar b. Riyâh) douta de son autorité et de son Imâma ; il rencontra un des compagnons de Abu Ja'far qui s'appelait Muhammad b. Qais. (un des compagnons d'Imâm Muhammad Baqir et Imâm Ja'far al-Sâdiq) Il lui dit : « J'ai posé une question à Abu Ja'far, il m'a donné une réponse. Un an après, je lui ai posé la même question, sur quoi j'ai eu une réponse contraire ; comme je lui demande pourquoi il faisait cela, il m'a répondu que c'était par restriction mentale (Taqîya). Pourtant Dieu sait que je ne lui avais posé la question qu'avec la ferme intention d'agir d'après sa réponse ; donc, il n'avait pas de raison de me craindre. Telle est mon histoire. »

Muhammed b. Qais répondit : « Peut être y avait-il quelqu'un avec toi, ce qui expliquerait sa crainte ? » 'Urnar b. Riyah répliqua : « Dans les deux entretiens, il n'y avait personne d'autre que moi et lui. Cependant ses deux réponses étaient faites au hasard - il ne se souvenait même pas de sa réponse de l'année précédente afin de s'y conformer cette année. »

Ainsi ('Umar b. Riyâh) se détourna de l'Imâma de Abu Ja'far en disant que celui qui donne des consultations juridiques (Fatwa) en vain n'est Imâm en aucune façon. De même, n'est pas Imâm celui qui donne une fatwâ contraire aux préceptes de Dieu, même par restriction mentale, ni celui qui reste passif, derrière ses portes closes. L'Imâm doit, par principe se révolter et il doit commander le bien et interdire le mal. A cause de cela ('Umar b. Riyah) se tourna vers la doctrine des Butrites et entraîna avec lui quelques autres (Shi'ites).

Les autres compagnons de Abu Ja'far restèrent fidèles à son Imâma jusqu'à sa mort, au mois de Du Hijja de l'an 114 H. (février 733) à l'âge de cinquante-cinq ans et quelques mois. Il fut enterré à Médine, dans le même tombeau que son père Ali b. al-Husayn. Il était né en l'an 59 H. (679). Certains disaient qu'il était mort en 119 H., à l'âge de soixante-trois ans. Sa mère était 'Umm abd-Allâh bint al-Hasan b. 'Ali et la mère de celle-ci était une esclave du nom de Sâfîya. L'Imâma de (Abu Ja'far) dura vingt et un ans, certains disent vingt-quatre.

 

Les divergences après la mort d'Abû Ja'far

Les Mûgirites

Après la mort d'Abû Ja'far, ses partisans se divisèrent en deux groupes. Un de ces groupes se rallia à l'Imâma de Muhammed b. Abd-Allâh b. al-Hasan b. al-Hasan b. 'Ali b. Abu Tâlib (Surnommé « Nafs al-Zakîya ») qui se révolta à Médine où il fut tué. Ils prétendaient qu'il était le Qaîm, l'Imâm, le Mahdi et qu'il fut tué. D'autre part, ils déclaraient qu'il était vivant et n'était pas mort, mais qu'il résidait dans une montagne appelée al-Alamya, montagne qui se trouve sur la route entre La Mecque et Nejd. Elle se dresse à gauche de la route en allant vers La Mecque. C'est une grande montagne et c'est là qu'il réside jusqu'à ce qu'il se manifeste.

Car, le Prophète a dit : « Le Mahdi al-Qaîm est homonyme de moi et son père est homonyme du mien » Son frère Ibrahim b. 'Abd-Allâh b. al-Hasan se révolta à Bassora et invita les gens à suivre l'Imâma de son frère Muhammad b. Abd-Allâh. Sa force devint considérable ; alors, al-Mansûr envoya, contre lui, la cavalerie et, après plusieurs combats, il fut tué.

Après la mort de Abu Ja'far Muhammad b. Ali, Mugîra b. Sa'îd professa l'opinion (de ce groupe) mais, comme les Shi'ites compagnons de 'Abu Abd-Allâh Ja'far b. Muhammad le rejetèrent, il les accusa de « rejetants » (al-Râfîda ou al-Rawâfid est un des noms donnés aux Shî'ites par leurs adversaires, parce qu'ils rejettent l'Imâma d'Abû Bakr et de 'Umar. Les Shî'ites de Kufa furent aussi appelés Râfida, parce qu'ils rejetèrent Zayd b. Ali, quand il refusa de condamner Abu Bakr et 'Umar) ce qui serait à l'origine de cette appellation.

Cependant, les quelques partisans de Mugira qui l'avaient choisi comme Imâm professaient que al-Husayn b. ' Ali l'avait désigné comme successeur, 'Ali b. al-Husayn aussi ; et Abu Ja'far- Muhammad en fit autant. Il est donc (le véritable) Imâm, jusqu'au moment de l'apparition d'al-Mahdi. (Ce groupe) niait l'Imâma d'Abû Abd-Allah Ja'far b. Muhammad. Il professait que, après Ja'far Muhammad b. 'Ali, aucun Imâm ne viendrait d'entre les descendants de 'Ali b. Abu Tâlib et que, jusqu'à l'apparition du Mahdi, l'Imâma appartient à Mugira b. Sa'îd. Pour ce groupe, le Mahdi est Muhammad b. Abd-Allâh b. al-Hasan b. al-Hasan ; il est vivant et n'est pas mort ; il n'a pas été tué. On a nommé ce groupe les Mugîrites, d'après le nom de Mugira b. Sa'îd, client (mawla) de Hâlid b. 'Abd-Allâh al-Qasri ; mais il alla jusqu'au point de se croire un apôtre, prophète auquel Gabriel apportait la révélation divine.

Alors, Hâlid le fit prendre et le questionna. Il reconnut ses idées et invita Hâlid à le suivre. Hâlid lui demanda de se repentir, mais comme il s'y refusait, Hâlid le fit tuer et crucifier. (Mugira) prétendait ressusciter les morts et croyait à la métempsycose. Il en est de même pour ses disciples encore jusqu'à ce jour.

 

Les partisans de l'Imâma de Ja'far al-Sâdiq

Quant à l'autre groupe des compagnons de Abu Ja'far Muhammad b. 'Ali, il acceptait l'Imâma de son fils Abu Abd-Allâh Ja'far b. Muhammad et lui resta fidèle pendant sa vie, mis à part un petit nombre parmi eux. Lorsque Ja'far b. Muhammad annonça l'Imâma de son fils Ismâ'il lequel mourut, par la suite, du vivant de son père, ils revinrent sur l'Imâma de Ja'far, déclarant : « Il nous a menti et n'était donc pas Imâm ; car un Imâm ne ment pas et ne dit pas ce qui ne peut être. » Ils condamnèrent Ja'far pour avoir dit que Dieu, le très-Haut, avait changé sa volonté au sujet de l'Imâma de 'Ismâ'il. Ils nièrent le Badâ' et la volonté de Dieu, soutenant que cela était vain et impossible. Ils se joignirent à la doctrine des Butrites et à celle de Sulaymân b. Jarir.

Pour cette raison, celui-ci soutenait devant ses disciples que les Imâms des Râfîdites avaient fondé pour leurs partisans deux doctrines grâce auxquelles les Shi'ites ne s'apercevaient pas du mensonge de leurs Imâms. Ces deux doctrines sont le Badâ' (le changement de la volonté de Dieu) et la Taqîya (la restriction mentale)

La doctrine du Badâ'

En ce qui concerne le Badâ' les Imâms Shi'ites se placent, par rapport à leurs partisans, comme les prophètes par rapport à leurs suivants, dans le domaine de la connaissance du passé et du présent, et dans la prédiction de l'avenir. Ils déclaraient à leurs partisans que tel (événement) aurait lieu dans l'avenir et que tel autre avait eu lieu dans le passé. Si par hasard ce qu'ils avaient prédit se produisait, ils disaient à leurs partisans : « Ne vous avons-nous pas annoncé que cela se produirait ? En effet, nous recevons de Dieu (la connaissance) que le Prophète recevait, et entre Dieu et nous il y a les mêmes liens, grâce auxquels ces prophètes savaient ce qu'ils savaient de Dieu. » Mais, si leur prédiction ne se réalisait pas telle qu'ils l'avaient annoncée, ils déclaraient à leurs partisans : « Il y a changement de la volonté de Dieu, de par Sa volonté propre. »

Voici ce qui concerne la Taqîya (la restriction mentale) : les Shi'ites posaient de nombreuses questions touchant le licite, l'illicite et les autres sujets de la religion ; les Imâms répondaient ; leurs partisans retenaient les réponses à leurs questions, les écrivaient et les enregistraient ; l'Imâm n'en avait pas gardé le souvenir, le temps passant et les périodes se succédant ; ces questions ne s'étaient pas représentées ni après un jour, ni après un mois, mais après de longues années et à des dates diverses. Les partisans des Imâms eurent ainsi en main plusieurs réponses différentes et contradictoires pour la même question et des réponses identiques pour des questions différentes.

Quand les Shi'ites s'apercevaient de cela, ils soumettaient aux Imâms ces contradictions et ces confusions dans leurs réponses et les questionnaient à ce sujet en leur faisant des reproches et en disant : « d'où vient cette contradiction ? et comment cela est-il permis ? » Alors, leurs Imâms répondaient : « Nous avons répondu ainsi par restriction mentale, nous pouvons répondre comme nous le désirons et comme nous le voulons, car tel est notre droit ; d'ailleurs nous savons ce qui nous convient, ce qui assure notre survie et la vôtre et ce qui permet d'écarter l'ennemi de nous et de vous. »

Quand donc peut-on apercevoir le mensonge chez de pareilles gens et quand chez eux peut-on distinguer le vrai du faux ? Ainsi, à cause de cette opinion, une partie des compagnons de Abu Ja'far se rallia à Sulayman b. Jarir (Ses partisans s'appellent al-Jaririya.) ; ils cessèrent de reconnaître l'Imâma de Ja'far.

 

Les divergences après la mort de Ja'far al-Sadiq

Après la mort de Ja'far, ses partisans se divisèrent en six groupes. Sa mort eut lieu au mois de Šawwal, en 148 (décembre 765). Il était âgé de soixante-cinq ans. Il était né en 83 H. Il fut enterré à Baqî, dans le même tombeau que son père et son grand-père. Son Imâma avait duré trente-quatre ans moins deux mois. Sa mère était Umm Farwa bint al-Qasim b. Muhammad b. Abu Bakr et la mère de celle-ci était Asma' bint Abd al-Rahmân b. Abu Bakr. (C'est pourquoi Ja'far al-Sadiq déclara : « Abu Bakr m'a engendré deux fois »)

Les Nâwûsites

L'un des (six) groupes professait que Ja'far b. Muhammad était toujours vivant et qu'il ne mourrait pas avant de gouverner le monde, car il était le Mahdi. Ces gens prétendaient tenir de lui la déclaration (suivante) : « Si un jour vous voyez même ma tête tomber d'une montagne vers vous, n'en croyez rien, car je serai (toujours) votre seigneur » On rapporte encore qu'il aurait dit de lui : « Si quelqu'un vient vous raconter qu'il a été témoin de ma maladie, a fait ma toilette mortuaire, m'a enseveli, ne le croyez pas, car je serai toujours votre seigneur, porteur de l'épée. » On nomma ce groupe les Nâwûsites, du nom de leur chef originaire de Bassora, qui s'appelait « un tel » fils ď « un tel » al-Nâwûs.

Les Ismaélites

Un autre groupe professait que, après Ja'far b. Muhammad, c'était Ismâ'il qui était Imâm. Ils récusèrent le fait que Ismâ'il fût mort, du vivant de son père, mais déclarèrent que c'était une ruse de son père, car il avait peur à son sujet et il l'avait rendu invisible. Ils prétendirent aussi qu'Ismâ'il ne mourrait pas avant d'avoir reconquis toute la terre et présidé les affaires des gens. C'est lui qui était al-Qâim. En effet, son père l'avait désigné pour être Imâm après lui et avait demandé à la communauté d'accepter son autorité.

(Ja'far) avait informé les gens qu'Ismâ'il avait droit à (l'Imâma). « Comme l'Imâm ne dit que la vérité, quand on nous annonça la mort d'(Ismâ'il) nous avons continué à croire que (Ja'far) avait dit la vérité et que (Ismâ'il) était le Qâim et qu'il n'était pas mort. » Ces gens sont les « Ismâ'ilites purs ».

Les Mubârakites

Le troisième groupe prétendait que, après Ja'far b. Muhammad, l'Imâm était Muhammad b. Ismâ'il b. Ja'far dont la mère était une esclave. « En effet, disaient-ils, du vivant de son père, l'Imâma devait revenir à Ismâ'il, mais, comme Ismâ'il mourut avant son père, Ja'far laissa sa succession à Muhammad fils d'Ismâ'il ; effectivement, ce droit lui revenait et aucune autre solution n'est permise. Car, après al-Hasan et al-Husayn, la transmission de l'Imâma de frère en frère ne pouvait plus avoir lieu ; l'lmâma se transmet seulement à la postérité (de l'Imâm). Ainsi, les deux frères d'Ismâ'il : Abd-Allâh et Musâ n'avaient aucun droit à l'Imâma, pas plus que Muhammad b. Hanafîya n'y avait droit alors qu'il y avait 'Ali b. Husayn. »

Les partisans de cette doctrine sont surnommés Mubârakites, d'après le nom de leur chef Mubarak, mawla d'Ismâ'il b. Ja'far.

Les Khattâbites

Les Ismaélites (à proprement parler) (c'est-à-dire) les Khattâbites sont les disciples de Abu al Khattâb Muhammad b. Abu Zaynab al-Asâdi al-Ajda ; un certain nombre de ces gens se joignirent à la secte de Muhammad b. Ismâ'il et ils reconnurent que Ismâ'il b. Ja'far était mort du vivant de son père. Ce sont eux qui, pendant la vie d'Abû Abd-Allâh Ja'far b. Muhammad se soulevèrent contre Isâ b. Mûsa, b. Muhammad b. Abd-Allâh b. al-Abbâs, gouverneur de Kufa.

On avait rapporté (à Isâ) que ces gens se permettaient toutes les licences et propageaient la prophétie d'Abû al-Khattab. Ayant appris qu'ils étaient réunis dans la mosquée de Kufa, il envoya (des agents pour arrêter Abu- al-Khattâb) Les partisans de celui-ci, au nombre de soixante-dix se battirent et se défendirent, mais ils furent tous tués, sauf un seul qui réussit à s'échapper ; en effet, il était blessé et on l'avait cru mort. Cet homme s'appelait Abu Salama Sâlim b. Mukarram al-Jamâl, surnommé Abu Hadîya. Il prétendait être mort et être ressuscité.

Les partisans de Abu al-Khattâb luttèrent furieusement contre Isâ, avec des pierres, des baguettes de jonc, des couteaux. Ils employaient des baguettes de jonc en guise de lances. Abu al-Khattab leur avait dit : « Combattez-les parce que vos baguettes de roseau agiront sur eux comme des lances, des sabres, tandis que leurs lances, leurs sabres, leurs armes ne vous feront pas de mal et ne vous atteindront pas. » Il les fît avancer au combat par groupes de dix. Après qu'une trentaine de ses gens eussent été tués, ses partisans lui dirent : « Ne vois-tu pas ce qui nous arrive, à cause de ces gens ? Nous ne constatons pas que nos baguettes de jonc leur fassent du mal ni n'agissent sur eux, tandis que leurs armes nous font du mal et ont tué, parmi nous, ceux que tu vois. » Il leur raconta, d'après ce que rapporte al-'Âmma : « Dieu s'est ravisé à votre égard, en quoi est-ce ma faute ? » Mais, d'après les Shi'ites, il leur aurait dit : « О gens, vous êtes mis à l'épreuve et votre mort est décidée (par Dieu). Combattez donc pour votre religion et votre noblesse personnelle ; ne livrez pas votre ville, sinon vous serez humiliés ; de toute façon, comme vous ne pouvez échapper au massacre, mourez dignement. »

Ils combattirent jusqu'au dernier. Abu al-Khattâb fut fait prisonnier et amené devant Isâ b. Musâ qui ordonna de le tuer à Dar al-Rizq, sur les rives de l'Euphrate. Il le fit crucifier avec un certain nombre de ses disciples. Ensuite, il fît brûler leurs (cadavres) après avoir fait envoyer les têtes à al-Mansûr qui ordonna de les suspendre à la porte de la ville de Bagdad, pendant trois jours, après quoi on les brûla.

Certains - disciples de Abu al-Khattab soutenaient qu'il n'avait pas été tué et qu'il en était de même pour ses disciples. Il y avait eu confusion et ressemblance de la part des gens, mais (Abu al-Khattab et ses partisans) avaient combattu sur l'ordre d'Abû Abd-Allâh Ja'far b. Muhammad et ils étaient sortis de la Mosquée sans que personne ne les voie, sans qu'un seul d'entre eux n'ait été blessé. Alors, les gens (d'Isâ) ont commencé à s'entretuer ; croyant massacrer les disciples d'Abû al-Khattâb, ils se massacrèrent eux-mêmes jusqu'à la tombée de la nuit. Le lendemain, quand ils virent les morts, ils s'aperçurent que tous étaient des leurs et ils ne trouvèrent aucun compagnon d'Abû al-Khattâb, qui fût tué ou blessé.

Ces gens sont ceux qui croyaient qu'Abû al-Hattab était prophète, envoyé par Ja'far b. Muhammad (selon eux), après cet événement, Ja'far en fit un ange. Par la suite, les partisans de cette doctrine (vivant à) Kufa ou ailleurs, se rallièrent à Muhammad b. Ismâ'il b. Ja'far, après la mort d'Abû al-Khattâb et acceptèrent son Imâma dont ils devinrent de fermes partisans.

Les Qarmates

Ensuite, les groupes extrémistes se partagèrent en plusieurs tendances et se divisèrent sur les opinions qu'avaient leurs prédécesseurs. C'est ainsi que l'un de ces groupes professait que l'esprit de Ja'far b. Muhammad était passé chez Abu al-Khattâb, et, après la disparition de celui-ci, cet esprit avait émigré en Muhammad b. Ismâ'il. Ensuite, ils faisaient transmettre l'Imâma aux descendants de Muhammad b. Ismâ'il.

Un groupe des Muhârakites, qui professait de telles opinions, prit le nom de Qarmates et se sépara d'eux. Cette appellation vient du nom de l'un de leurs chefs, originaire de Mésopotamie (Sawâd : Autre désignation de l'Iraq, c'est-à-dire : « Le pays noir »), Nabatéen que l'on appelait Qarmawayh. Les Qarmates étaient, à l'origine, partisans de la doctrine Mubârakite, mais ensuite, ils eurent des divergences et déclarèrent : « il ne peut y avoir, après Muhammed, que sept Imâms : 'Ali b. Abu Tâlib qui était en même temps Imâm et Envoyé, al-Hasan, al-Husayn, 'Ali b. al-Husayn, Muhammad b. 'Ali, Ja'far b. Muhammad et Muhammad b. Ismâ'il, l'Imam Qâim al-Mahdi est aussi un Envoyé (rasul) ».

Ils prétendaient que la mission prophétique du Prophète fut interrompue, durant sa vie, le jour où, près de l'étang de Khum, il ordonna de mettre 'Ali (à sa place) à la tête du peuple. Ainsi, la mission prophétique passa ce jour-là en 'Ali b. Abu Tâlib. Ils en voient la preuve dans la parole du Prophète : « Pour celui dont je suis le maître, 'Ali l'est aussi ». Cette déclaration implique la fin de sa mission et de sa prophétie ; elle implique aussi la reconnaissance de la (supériorité) de 'Ali, sur l'ordre de Dieu-le-très-Haut.

Le Prophète, à partir de ce moment, devient subordonné à 'Ali ; 'Ali devient la preuve de Dieu aux yeux de (Muhammed). Lorsque 'Ali mourut, l'Imâm passa à al-Hasan, ensuite à al-Husayn, à 'Ali b. al-Husayn, à Muhammad b. 'Ali, à Ja'far b. Muhammad ; mais il s'interrompit, durant la vie de ce dernier, pour passer à Ismâ'il b. Ja'far, tout comme s'était interrompue la mission prophétique de Muhammed pendant sa vie, pour passer à 'Ali. Par la suite, Dieu changea sa volonté au sujet de l'Imâma de Ja'far et d'Ismâ'il et il le transmit à Muhammad b. Ismâ'il. Ils tirèrent argument d'une tradition rapportée de Ja'far b. Muhammad qui aurait dit : « Je n'ai constaté le changement de la volonté de Dieu que dans le cas d'Ismâ'il. »

Ils prétendaient que Muhammad b. Ismâ'il était vivant, n'était pas mort, mais se trouvait dans le pays des « Rum » ; il était le Qâim al-Mahdi. Pour eux, al-Qâim signifie celui qui sera envoyé avec la mission prophétique, apportera une nouvelle loi, abrogeant la loi de Muhammed. (Ils disaient) que Muhammad b. Ismâ'il faisait partie des grandissimes prophètes lesquels sont, pour eux, au nombre de sept : Noé, Abraham, Moïse, Jésus, Muhammed, 'Ali, Muhammad b. Ismâ'il, à l'instar des cieux et des terres qui sont aussi au nombre de sept, à l'instar des parties du corps humain qui sont également au nombre de sept : deux mains, deux pieds, un dos, un ventre, un coeur. De même, dans la tête il y a sept parties : deux yeux, deux oreilles, deux narines, une bouche où se trouve la langue, de même que le coeur se trouve dans la poitrine. De même, les Imâms sont aussi au nombre de sept et leur coeur est Muhammad b. Ismâ'il.

Ils justifiaient l'abrogation de la loi de Muhammed et son remplacement (en se référant) à des traditions rapportées de Abu Abd-Allâh Ja'far b. Muhammad qui aurait dit : « Si notre Qâim se manifeste ; vous connaîtrez un nouveau Coran. » Il aurait dit également : « L'Islam était étranger au début, il redeviendra étranger comme il l'était au début. Heureux donc les étrangers ! » (Ils ont rapporté) d'autres traditions analogues au sujet d'al-Qâim, comme : « Dieu, qu'il soit béni et exalté, a donné à Muhammad b. Ismâ'il le paradis d'Adam » Cela signifie la levée de toutes les interdictions et la liberté, (dans l'usage) de tout ce qui a été créé dans le monde.

Cela ressort de la parole de Dieu (que voici) : « Mangez (de ces fruits) en liesse où vous voudrez, (mais) n'approchez point de cet Arbre-ci. » (Coran) C'est-à-dire (n'approchez pas de) Mûsâ b. Ja'far b. Muhammad, ni d'aucun membre de sa descendance, si l'un d'eux prétend à l'Imâma. Ils assuraient que Muhammad b. Ismâ'il était le dernier des prophètes dont Dieu a parlé dans son Livre.

(Pour eux) le monde est composé de douze îles, dans chaque île, il y a un Hujja (la preuve de Dieu) : ainsi les Hujja sont au nombre de douze, chaque Hujja a un Dâ'i (missionnaire). Chaque Dâ'i a un Yad (bras droit) ; on entend par là que le Yad est un homme chargé de donner les preuves et les arguments. Ils appellent le Hujja, le père — le Dâ'i, la mère — le Yad, le fils. Imitant ainsi la doctrine des Chrétiens dans le dogme d'une triade où Dieu est le père — qu'il soit très Haut, exalté et reste au-dessus de cela ! — Le Messie est le fils et Myriam est sa mère — La preuve suprême (Hujja ul al-Akbar) est le seigneur (Bab), il est le père, le missionnaire (Dâ'i) est la mère ; le bras droit (Yad) est le fils. Ils sont menteurs ceux qui comparent d'autres (créatures) à Dieu et sont dans l'erreur la plus profonde et (ils vont) manifestement à la perdition.

Ils prétendaient que toutes les obligations imposées par Dieu à ses serviteurs et dont le Prophète a établi la coutume, en ordonnant de la suivre, ont un sens exotérique (Zâhir) et un sens ésotérique (Bâtin). D'autre part, tout ce que Dieu a imposé aux serviteurs dans (le texte) exotérique du Livre et de la Sunna est un ensemble de paraboles sous lesquelles se cachent les significations essentielles ; c'est à celles-ci qu'il faut se conformer et c'est en elles que réside le salut. Ce qui en constitue le sens apparent mène à la perdition et aux malheurs ; c'est seulement une partie du châtiment qui, dans ce bas monde, est infligé par Dieu à certaines personnes parce qu'elles ne reconnaissaient pas la vérité et ne la confessaient pas.

C'est aussi l'opinion de l'ensemble des disciples d'Abû al-Khattâb. (Les Qarmates trouvaient licite de passer les gens par les armes, suivant (en cela) l'opinion de deux sectes Kharidjites) : les Bihasites et les Azraquites pour tuer les Ahlal Qibla (les Musulmans), piller leurs biens et les inculper de mécréance. Pour cela ils tirèrent argument de la parole de Dieu, le-très-Haut : « Tuez les infidèles quelque part que vous les trouviez » (Coran 9.5) Ils préconisaient que l'on capture les femmes et que l'on tue les enfants, tirant argument de la parole de Dieu : « Seigneur ! ne laisse sur la terre nul vivant parmi les infidèles ! » (Coran 71.26)

Ils prétendaient qu'il faut commencer par tuer ceux qui ont des opinions sur l'Imâma, parmi leurs adversaires, et, tout particulièrement ceux qui admettent l'Imâma de Mûsa b. Ja'far et de sa descendance. Ils interprétaient, dans ce sens, la parole de Dieu : « ô vous qui croyez ! combattez ceux des infidèles qui sont dans votre voisinage ! Qu'ils trouvent en vous de la dureté » (Coran 9.123) Par conséquent disent-ils, il faut que nous commencions par (tuer) ces gens, ensuite, nous continuerons par le reste.

Leur nombre est grand, mais cependant ils n'ont ni force ni puissance. La plus grande partie d'entre eux vit dans la plaine de Kufa (Sawad al-Kufa), dans le Yémen. Ils seraient peut-être environ cent mille.

Les Sumaytîya

Le quatrième groupe, parmi les compagnons de Abu 'Abd-Allâh Ja'far b. Muhammad professait que l'Imâm après lui était son fils : Muhammad b. Ja'far dont la mère était une esclave nommée Hamida. (Remarquons que) Mûsâ et Ishâq, les deux autres fils de Ja'far b. Muhammad étaient de la même mère que Muhammad. On rapporte que, quand Muhammad était petit, il entra chez son père Ja'far et courut vers lui, trébucha dans sa robe et tomba le visage contre terre. Ja'far le releva, l'embrassa, ôta la poussière de son visage, le prit dans ses bras et dit : « Mon père avait dit : « S'il naît de toi un fils qui me ressemble, donne-lui mon nom, car il me ressemblera et ressemblera au Prophète. » Ce groupe rendit l'Imâma à Muhammad b. Ja'far et à son fils ; on l'appelait le groupe des « Sumaytîya », d'après le nom du chef Yahyâ b. Abu Sumayt.

Les Futhites

Le cinquième groupe, parmi eux, professait que, après Ja'far b. Muhammad, l'lmâma revenait à son fils : Abd-Allâh b. Ja'far al-Aftah. Ceci, parce que, à la mort de Ja'far, il était l'aîné de ses enfants. Il remplaça son père à la tête de son cercle en revendiquant l'Imâma et la succession de son père. Ils tirèrent argument d'une tradition qu'ils attribuèrent à Abu Abd-Allâh Ja'far Muhammad : « L'Imâma reviendra au fils aîné de l'Imâm. » Ainsi un grand nombre de ceux qui étaient fidèles à son père, Ja'far b. Muhammad, se rallièrent à Abd-Allâh, excepté un petit nombre de gens. Ils lui posèrent des questions sur ce qui était licite et illicite en matière de Prière (Salât), d'Aumône légale (Zakat), etc. Ils ne trouvèrent en lui aucune connaissance. Le groupe qui se rallia à l'Imâma de Abd-Allâh b. Ja'far s'appelait (le groupe des) Futhites car Abd-Allâh avait une tête large.

Certains disaient qu'il avait le pied plat. Certains rapporteurs de traditions dirent que ce groupe tirait son nom de celui de leur chef, un Kufite qui s'appelait Abd-Allâh b. Futaih. La plupart des chefs shi'ites et de leurs jurisprudents (Fuqaha) se rallièrent à ce groupe et n'eurent aucun doute sur le fait que l'Imâma revenait à Abd-Allâh b. Ja'far et, après lui, à sa descendance. Mais, comme Abd-Allâh mourut sans avoir laissé de fils, tous les Futhites désavouèrent son Imâma et se rallièrent à Mûsa b. Ja'far.

D'ailleurs, pendant la vie d'Abd-Allâh, un certain nombre de Futhites s'étaient déjà ralliés à l'Imâma de Mûsa b. Ja'far ; mais, après la mort (de ce dernier) la plupart des Futhites, désavouèrent définitivement son Imâma. Il n'y eut que peu de gens qui restèrent fidèles à son Imâma et ensuite à l'Imâma de Mûsa b. Ja'far, après lui. Abd-Allâh b. Ja'far survécut soixante-dix jours environ à son père.

Musa b. Ja'far

Le sixième groupe, parmi eux, pensait que, après Ja'far b. Muhammad, c'était son fils Mûsa b. Ja'far qui était Imâm. Ils nièrent l'Imâma de Abd-Allâh et dirent qu'il avait fait une faute en prenant la place de son père et en revendiquant l'Imâma. Ce groupe comptait un grand nombre de chefs importants qui étaient les compagnons d'Abû Abd-Allâh Ja'far b. Muhammad, tels que Hisam b. Sâlim, Abd-Allâh b. Abu Ya'fur, Umar b. Yazid Bayya' al-Saberi, Muhammad b. al-Nu'mân Abu Ja'far al-Ahwal Mu'min al-Tâq, 'Ubayd b. Zurâra, Jamil b. Durrâj, Abân b. Taglib, Hisâm b. al-Hakam et d'autres encore qui étaient tous les personnages Shi'ites les plus versés dans la science, la sagesse et le droit.

Ce groupe resta fidèle à l'Imâma de Mûsâ b. Ja'far jusqu'au moment où les partisans d'Abd-Allâh b. Ja'far se séparèrent de lui pour se joindre à leur doctrine. Ensuite, ils se rallièrent presque tous à Mûsâ b. Ja'far, à part quelques-uns qui restèrent fidèles à 'Abd-Allâh et qui, après lui, acceptèrent l'Imâma de son frère Mûsâ b. Ja'far ; bien que, en principe, ils n'acceptent pas l'Imâma consécutif de deux frères, ils ne firent là aucune objection.

Mais un groupe, qui était rallié à Mûsâ b. Ja'far, n'eut pas de divergence à son propos ; et il resta fidèle à son Imâma jusqu'à son deuxième emprisonnement ; après cela (les membres de ce groupe) eurent des différends et eurent des soupçons quant à la validité de son Imâma ; lorsqu'il fut emprisonné pour la seconde fois, il mourut dans la prison de al-Rasid. Ensuite, ils se divisèrent en cinq groupes.

Les Qaťíya

Un groupe prétendait que Mûsâ était mort dans la prison de al-Sindi b. Sahak et que Yahyâ b. Halid al-Barmaki l'avait empoisonné avec des dattes fraîches et du raisin qu'il lui avait envoyés, le tuant ainsi. Ils disaient que, après l'Imam était 'Ali b. Mûsa al-Rida. On appelle ce groupe les Qaťíya parce que, pour eux, la mort de Mûsâ b. Ja'far était certaine, ainsi que l'Imâma de son frère 'Ali. Ils n'avaient ni doute, ni soupçon à ce sujet et suivaient la voie (traditionnelle) précédente.

Le deuxième groupe disait que Mûsâ b. Ja'far n'était pas mort et qu'il ne mourrait jamais avant de dominer toute la terre, de l'est à l'ouest, et de la remplir de justice alors qu'elle était remplie d'injustice. C'était Lui le Qâ îmal-Mahdi. Ils prétendaient qu'il était sorti de prison en plein jour, sans que personne ne le voie, ni ne le sache ; le gouvernement et ses fonctionnaires prétendirent qu'il était mort et falsifièrent la vérité pour les gens et mentirent. En fait (Mûsâ b. Ja'far) se cacha des hommes et devint invisible.

Ils rapportaient des traditions de son père Ja'far b. Muhammad à ce sujet (par exemple) : « Il est le Qâim al-Mahdi et même si vous voyez sa tête rouler d'une montagne, ne le croyez pas, car il est le Qâim. » Certains dirent qu'il était al-Qâim, mais qu'il était mort et que l'Imâma ne reviendrait à personne d'autre jusqu'à son retour, quand il se soulèverait et apparaîtrait. Ils prétendaient que, après sa mort, il était revenu et qu'il s'était caché dans un endroit du monde où il était vivant, donnant des ordres et des interdictions, ses compagnons le rencontraient et le voyaient. Ils tirèrent argument, à ce propos, des traditions de son père qui aurait dit : « al-Qâim s'appelait Qâim parce qu'il se lèvera après sa mort ».

Certains disaient qu'il était mort et qu'il était le Qâim et qu'il avait une certaine ressemblance avec Isa b. Maryam ; qu'il n'était pas encore revenu, mais qu'il reviendrait à l'heure de sa résurrection, pour remplir la terre de justice, alors qu'elle était remplie d'injustice. Son père avait dit, à son sujet, qu'il avait une certaine ressemblance avec Isa b. Maryam et qu'il serait tué par la main d'un descendant d'al-Abbâs, ce qui arriva.

Les Wâqifa*

*Ceux qui suspendent leur jugement relativement à la réalité de la mort de l'Imâm. Ce terme est employé particulièrement pour ceux qui arrêtaient l'Imâma à Mûsâ b. Ja'far et suspendaient leur jugement au sujet de la réalité de sa mort. Selon al-Kašši, deux adeptes de Mûsâ devaient lui apporter la somme de trente mille dinars, provenant des taxes. Ils dissipèrent cet argent durant l'emprisonnement de Mûsâ. Après la mort de celui-ci, craignant les réclamations des héritiers, ils nièrent la mort de Mûsâ et propagèrent la croyance en son retour.

Certains, parmi eux, nièrent qu'il fut tué ; ils pensaient qu'il était mort et que Dieu l'avait fait monter auprès de lui. Il le renverrait, au moment de sa résurrection. On appelle tous ces groupes les Wâqifa parce qu'ils s'arrêtaient à Mûsâ b. Ja'far et le considérait comme l'Imâm al-Qâim. Ils n'acceptaient aucun Imâm après lui, n'ayant fait passer l'Imâma à aucun autre.

Les Mamtura

Certains de ceux qui croyaient que (Mûsâ b. Ja'far) était encore vivant, professaient que al-Rida et ceux qui sont venus après lui n'étaient point des Imâms, mais plutôt des suppléants se succédant les uns après les autres jusqu'à l'apparition de (Mûsâ b. Ja'far) ; il faut accepter d'eux le commandement et s'en tenir à leurs ordres :

Certains adversaires des Wâqifa, qui restèrent fidèles à l'Imâma de 'Ali b. Mûsâ, appelaient les Wâqifa : « Les Mamtûra » ; ils furent connus sous ce sobriquet qui se répandit. La raison en est que 'Ali b. Ismâ'il al-Maytami et Yûnus b. 'Abd-al-Rahmân eurent des controverses avec un certain Wâqifite ; comme la discussion devenait violente, 'Ali b. Ismâ'il lui dit : « Vous n'êtes que des chiens mouillés par la pluie », voulant dire par là : vous avez une odeur pire que celle des cadavres ; car les chiens mouillés par la pluie deviennent plus puants que les cadavres.

Cette dénomination leur est restée ; c'est ainsi qu'ils sont connus de nos jours. En effet, lorsque l'on dit à quelqu'un qu'il est mouillé par la pluie (Mamtur) il est entendu que c'est l'un des adeptes des Wâqifa qui arrêtèrent l'Imâma précisément à Mûsâ b. Ja'far. C'est que, à chacun (des 'Alides) mort correspond une Wâqifa (secte) qui arrête à lui l'Imâma. Ce surnom est réservé précisément aux partisans de Mûsâ.

Les Bašaríya

Un groupe que l'on appelle les Bašaríya, partisans de Muhammad b. Basîr Mawla (client) de Banû Asad de Kufa, professait que Mûsâ b. Ja'far n'était pas mort et qu'il n'avait jamais été emprisonné, mais qu'il était vivant, caché et qu'il était le Qâim al-Mahdi. Au moment de son occultation, il avait nommé, à sa place, Muhammad b. Basîr ; il l'avait désigné comme successeur et lui avait remis son sceau, transmis son savoir pour tout ce dont ses sujets avaient besoin. Il lui avait délégué tous ses pouvoirs et l'avait installé à sa propre place.

Muhammad b. Basîr est donc Imam après lui. Quand Muhammad b. Basîr mourut, il désigna, comme successeur, son fils Sami' ; celui-ci est Imam et quiconque sera choisi par lui sera aussi Imam ; l'obéissance lui sera due par la communauté jusqu'au soulèvement et à l'apparition de Mûsâ. Ce que les hommes doivent comme droits sur leurs biens et les autres choses qu'ils offrent à Dieu, ils doivent les acquitter entre les mains de ceux-là, jusqu'au retour d'al-Qâim.

Ils pensaient que 'Ali b. Mûsâ et ceux des fils de Mûsâ qui prétendaient à l'Imâma, étaient de naissance douteuse ; rejetant leur généalogie, ils les inculpaient de mécréance à cause de leur revendication à l'Imâma ; ils inculpaient également de mécréance leurs fidèles, et ils trouvèrent licite de (verser) leur sang et de (s'emparer) de leurs biens. Ils prétendaient que Dieu a imposé l'accomplissement des cinq Prières, le jeûne du Ramadan. Mais, ils rejetaient l'aumône légale (Zakât), le pèlerinage et les autres préceptes obligatoires. Ils permettaient ce qui est défendu au sujet des femmes et des garçons, tirant, pour cela, argument de la parole de Dieu : « Il leur donne, par couples, mâle et fille ».

Ils croyaient à la métempsycose, professant que les Imâms ne forment qu'une seule personne et que cette personne passe d'un corps à un autre. Ils étaient partisans de l'assistance entre eux et (mettaient en commun) tous les biens qu'ils possédaient. Lorsque l'un d'entre eux laissait, par testament, une partie de sa fortune, afin qu'elle soit utilisée pour Dieu, le bien légué devenait la propriété de Sami' et de ses successeurs. (D'une façon générale) leurs doctrines sont des doctrines extrémistes « délégataires », partisans de la délégation (al-Mufawwida).


Les divergences après la mort de 'Ali b. Mûsâ al-Ridâ

Ensuite, les compagnons de 'Ali b. Mûsâ al-Ridâ eurent des divergences, après sa mort, et se divisèrent en plusieurs groupes. Un de leurs groupes professait que, après 'Ali b. Mûsâ, l'Imâma revenait à son fils Muhammad b. 'Ali qui était fils unique. Il était le gendre d'al-Ma'mun. Ils adoptaient ainsi l'ordre de succession, suivant le principe ancien, depuis le Prophète.

Un autre groupe professait l'Imâma de Ahmad b. Mûsâ appelé aussi ('Ali) al-Ridâ, en admettant que l'Imâma peut se transmettre à deux frères, et en (soutenant) que son père l'avait désigné comme successeur, après 'Ali b. Mûsâ.

Les divergences sur l'Imâma de Muhammad b. ' Ali

La cause de l'existence de deux groupes, dont l'un reconnaissait l'Imâma ďAhmad b. Mûsâ et dont l'autre était revenu à la doctrine d'al-Wâqifa est que Abû-al-Hasan Rida mourut alors que son fils Muhammad avait sept ans. Ils jugeaient qu'il était trop jeune, disant :

« Il n'est pas permis que l'Imâm ne soit pas adulte ; et si Dieu ordonnait aux hommes de suivre un enfant, alors il serait permis que Dieu impose la responsabilité à un mineur.

Comme il n'est pas compréhensible qu'un non-adulte soit responsable, il n'est pas non plus compréhensible qu'un enfant mineur ait une parfaite compréhension de la science de juger, dans les détails et dans son ensemble, (ait) le sens obscur des prescriptions et des lois religieuses et tout ce que le Prophète nous avait donné et qui est nécessaire à la communauté, pour la religion aussi bien que pour la vie, jusqu'au jour de la résurrection.

S'il était admis que tout cela est compréhensible pour celui qui est d'un degré au-dessous de l'âge adulte, il serait alors permis que celui qui est de deux, trois ou quatre degrés au-dessous de l'âge adulte, revenant à l'enfance, puisse, à son tour, tout comprendre. En poussant plus loin, on admettrait qu'un enfant, dans son berceau et dans ses langes, peut comprendre cela ; ce qui n'est ni raisonnable, ni compréhensible, ni habituel. »

- Ensuite, ceux qui avaient accepté l'Imâma d'Abû Ja'far Muhammad b. 'Ali b. Mûsâ, avaient des divergences au sujet de la qualité de son savoir, à cause de son âge trop jeune. Certains dirent à d'autres que l'Imâm devait être un homme savant et que Abu Ja'far n'était qu'un mineur : « son père étant mort, comment et par où aurait-il pu acquérir le savoir » ?

Ils répondirent : « Certains, parmi eux, ont dit que son père ne pouvait pas le lui avoir enseigné, car, lorsque son père fut emmené en Hurâsân, Abu Ja'far était âgé de quatre ans et quelques mois ; or, à cet âge, il n'était pas capable d'acquérir des connaissances importantes ou secondaires sur la religion. Mais, Dieu lui apprit, lorsqu'il atteignit l'adolescence, les connaissances propres à l'Imâm, tels que l'inspiration, le pressentiment (al-Naktfî al-qalb), le bourdonnement d'oreille (al-Naqr fi al-Udn) ou encore les songes révélateurs, l'intermédiaire de l'ange rapporteur (al-Malak al-Muhaddit) ou les différents aspects sous lesquels se présentent le minaret (al-manâr), la colonne (al-'amûd) [lumineuse], la lampe (al-misbâh) et la faculté de se représenter les actions des hommes. Toutes ces informations furent reçues grâce à des chaînes de transmission saines et solides que l'on ne peut ni récuser ni refuser. »

- D'autres dirent : « Il était Imâm, même avant d'avoir atteint l'âge de l'adolescence ; en ce sens que la décision est à lui, plutôt qu'à un autre, jusqu'à l'adolescence. A l'adolescence, il est devenu savant, non par la voie de l'inspiration (le pressentiment) ni par l'intermédiaire de l'ange (rapporteur), ni par aucun des différents aspects mentionnés par le groupe précédent ; car, la révélation (Wahy) est interrompue, après le Prophète, d'après le consensus de la communauté. »

Mais, l'inspiration arrive à ta pensée lorsque tu veux avoir connaissance d'une chose dont tu as eu une connaissance préalable, parmi les choses utiles, et que tu te rappelles. Cela ne peut servir à connaître les prescriptions et les lois religieuses si diverses, aux motifs multiples, sans qu'on en ait au moins entendu parler auparavant. Car un homme, même s'il est doté de la pensée la plus subtile et de l'esprit le plus éclairé et s'il reçoit l'assistance divine la plus prompte, quand il réfléchit sans avoir entendu dire que la Prière du midi est de quatre rak'a, celle du coucher du soleil est de trois, celle du matin de deux, ne pourrait arriver à cette conclusion avec son seul esprit ; et il n'aurait pu le savoir par l'examen attentif, ni avec la totalité de son intelligence, et il ne l'aurait pas atteint même par la présence de l'assistance divine ; la connaissance de cela n'aurait jamais pu le toucher par cette même assistance. Il n'est pas admissible de savoir cela, sauf par voie de transmission et d'éducation.

Ainsi (ils dirent) qu'il est faux de pouvoir acquérir ce savoir par l'inspiration : « Nous disons seulement qu'il a possédé ce savoir, une fois devenu adolescent, grâce aux livres de son père et à la science qu'il a héritée dans les principes fondamentaux et leurs conséquences qui lui ont été fixés. »

Une partie de ce groupe admet la déduction dans les prescriptions, par l'Imâm, en particulier, grâce aux principes qu'il détient et du fait qu'il est, à l'abri de la faute et de l'erreur. Il ne saurait donc se tromper dans ses déductions. Toutefois, ils tenaient à cette doctrine, à cause de la difficulté de la question du savoir de l'Imâm et de la méthode de son éducation, car il n'était pas adulte à leurs yeux.

- D'autres dirent que « l'Imâm (n'est pas) mineur, même si son âge est moindre, puisqu'il est « la preuve de Dieu » ; il est donc possible qu'il soit savant, même s'il est enfant. Il est possible qu'il bénéficie des moyens mentionnés, tels que l'inspiration, le pressentiment, les songes et l'Ange rapporteur, ainsi que l'aspect du minaret, la colonne (lumineuse) et la faculté de se représenter les actions des hommes ; tout cela lui est possible, comme les preuves passées de Dieu. Pour cela, ils tirèrent argument de Yaja (Jean) b. Zakarîyâ à qui Dieu donna la sagesse alors qu'il était enfant ; des moyens de îsâ (Jésus) b. Maryam ; du jugement de l'enfant entre Yusuf (Joseph) et la femme du roi ; du savoir et de la sagesse qu'avait Sulayman b. Dawud sans instruction, et d'autres exemples, car, parmi les preuves de Dieu, il y en eut plusieurs qui n'étaient pas adultes aux yeux des gens.


Les partisans de l'Imâma de 'Ali b. Muhammad

Ceux qui étaient restés fidèles à l'Imâma de Muhammad b. 'Ali, soutinrent celui de son fils et héritier 'Ali b. Muhammad. Ils lui restèrent fidèles, à part un petit nombre qui s'écarta de lui, pour soutenir l'Imâma de son frère Mûsâ b. Muhammad. Mais ils ne restèrent que peu de temps fidèles à cette opinion, avant de revenir à la reconnaissance de l'Imâma de 'Ali b. Muhammad et de rejeter l'Imâma de Mûsâ b. Muhammad. Ainsi, ils lui restèrent fidèles jusqu'à la mort de 'Ali b. Muhammad qui survint à « Surra man ra'â » (Littéralement : est joyeux qui la voit).

Les Numayrites

Un groupe de partisans de 'Ali b. Muhammad fit scission, de son vivant, pour soutenir la prophétie d'un homme qui s'appelait Muhammad b. Nusayr al-Numayri, et qui prétendait être un prophète envoyé par Abû-al-Hasan al-Askari (dont il était compagnon). Il croyait à la métempsycose, il tenait des propos avancés sur Abû-al-Hasan qu'il défiait. Il permettait tous les actes interdits, la sodomie qu'il considérait comme un acte d'humilité et de modestie et comme une des jouissances et des bonnes choses. Dieu n'a rien interdit de tout cela. La cause de ce Numayrite était soutenue par Muhammad b. Mûsâ b. al-Hasan b. al-Furât.

A sa mort, au cours de sa maladie, alors que sa langue était complètement paralysée, on lui demanda : « A qui reviendra la direction, après toi ? ». « A Ahmed » répondit-il. Ils ne surent point de qui il s'agissait et se divisèrent en trois groupes. Pour un groupe, Ahmed était son fils. Pour un autre, c'était Ahmad b. Mûsâ b. al-Hasan b. al-Furât. Pour le (troisième) groupe, c'était Ahmad b. Abû-al- Husayn Muhammad b. Muhammad b. Bisr b. Zayd.

En fin de compte, ils se dispersèrent et n'eurent plus de point de repère. Ceux-ci prétendirent à la prophétie de par Abu Muhammad ; ils furent appelés les Numayrites.

- Lorsque 'Ali b. Muhammad, b. 'Ali b. Mûsâ al-Ridâ mourut, un groupe de ses partisans reconnut l'Imâma de son fils Muhammad, mort du vivant de son père à Surra man га' а. Ils prétendirent qu'il était vivant et n'était pas mort, tirant argument de ce que son père l'avait désigné et leur avait annoncé qu'il serait Imâm, après lui. Or, il n'est pas admissible que l'Imâm mente ; il n'est pas, non plus, admissible que la volonté divine change à propos de son Imâma. Aussi, même si la mort (de Muhammad) était apparente, en réalité, il n'était pas mort ; son père, craignant pour lui, l'avait caché. Il était le Qâim al-Mahdi. Ils reprirent, à son sujet, la même doctrine que les partisans d'Ismâ'il b. Ja'far.

Les partisans de l'Imâma d'al-Hasan b. 'Ali

Les autres partisans de 'Ali b. Muhammad croyaient en l'Imâma de Hasan b. 'Ali, considérant son Imâma comme bien établi par la désignation de son père. La Kunya de (al-Hasan b. 'Ali) était Abu Muhammad. Seul un petit nombre se rallia à son frère Ja'far b. 'Ali, disant : « Après la mort de Muhammad, son père l'avait désigné, avait rendu obligatoire son Imâma et manifesté son autorité ». Ils nièrent l'Imâma de son frère Muhammad, prétendant que son père n'avait désigné (Muhammad) que pour protéger (Ja'far). Ainsi l'Imâm, en réalité, était Ja'far b. 'Ali. (Les duodécimains lui donnèrent le surnom d'imposteur "al-Kaddâb").

Al-Hasan b. 'Ali naquit en Rabi' II, 232 et mourut à Surra man ra'a le vendredi 8 Rabi' I, 260. Il fut enterré dans sa maison, et dans la pièce où l'avait été son père. Il avait alors vingt-huit ans. « La Prière des morts » fut dite pour lui par Abu îsâ b. al-Mutawakkil. (Le frère d'al-Mu'tamid, calife Abbâsside) Son Imâma dura cinq ans, huit mois et cinq jours. Il mourut sans laisser de trace, et sans qu'on lui connaisse de descendant visible. Son héritage apparent fut - partagé entre son frère Ja'far et sa mère, une esclave du nom de Usfân (Variante : Sawsan, Sayqal), par la suite appelée Hadit par Abu al-Hasan.

 

Les divergences après la mort d'al-Hasan et les quatorze groupes

(Après al-Hasan) ses partisans se divisèrent en quatorze groupes. Un groupe, parmi eux, professait que al-Hasan b. Ali était vivant, n'était pas mort ; il s'était seulement absenté ; étant le Qâim, il ne pourrait pas mourir, car il n'avait pas de fils visible et la terre ne pouvait rester sans Imâm, et son Imâma était effectif. Selon une tradition, le Qâim aurait deux occultations (Ghayba), celle-ci en était une (après laquelle) il réapparaîtrait et serait connu ; ensuite, il disparaîtrait de nouveau.

Le premier groupe

Ils reprenaient, à son sujet, la doctrine de ceux qui arrêtaient l'Imâma à Mûsâ b. Ja'far (al-Wâqifa). Quand on leur demandait en quoi ils étaient différents, ils répondaient que ceux-ci avaient eu tort d'avoir arrêté l'Imâma à Mûsâ, quand sa mort était évidente, car il était mort en, laissant un successeur, remplaçant (son père) qui l'avait désigné et qui était al-Ridâ. D'ailleurs, hormis ce dernier, il avait plus de dix fils.

Chaque Imam dont la mort était évidente, comme la mort de ses ancêtres, et qui avait des descendants visibles et connus, était, sans aucun doute, mort. Certes, le Qâim al-Mahdi sur qui on pouvait s'arrêter était celui dont la mort était évidente et qui n'avait laissé aucun descendant ; alors, ses fidèles devraient attendre son retour. Car un Imâm, sans descendant, ne pourrait être considéré comme mort, donc il est certain qu'il est absent.

Le deuxième groupe

Le deuxième groupe professait qu'al-Hasan b. 'Ali était mort et ressuscité après sa mort et qu'il était le Qâim al-Mahdi. En effet, on nous a rapporté « qu'al Qâim est celui qui se relèverait, après sa mort, et qui ne laisserait aucun fils » S'il avait un fils, sa mort serait réelle et son retour impossible. Car, dans ce cas, l'Imâma reviendrait à son successeur. (S'il) n'avait pas désigné de successeur, sans aucun doute, il serait le Qâim. Al-Hasan b. 'Ali est mort, sans aucun doute, et il n'avait laissé aucun descendant ni successeur, ni aucune disposition testamentaire, aussi bien aucun héritier, et il était ressuscité, après sa mort ; or, on nous a rapporté : « Quand la nouvelle de la résurrection d'al-Qâim sera parvenue aux gens, ils se demanderont comment il pourrait être tel Imâm, alors que ses os étaient réduits en poussière. »

Donc, il est aujourd'hui vivant, caché et invisible, mais « réapparaîtra et dirigera les gens, remplira la terre de justice, alors qu'elle est remplie d'injustice ». Ils professaient qu'il était vivant, après sa mort, et qu'il était invisible par crainte (pour sa vie) parce qu'il n'était pas possible, pour eux, que la terre devienne sans Hujja (Preuve) Qâim juste et vivant ou caché par crainte (pour sa vie).

Selon ce qu'une tradition a rapporté de 'Ali qui a dit, dans l'un de ses sermons :
« ô Dieu, tu ne laisses pas le monde sans Hujja, qu'il soit visible ou caché (comme un sabre dans un fourreau) afin que tes preuves et tes signes ne soient pas annulés. » Cela constitue la preuve qu'al-Hasan b. 'Ali vécut, après sa mort. Il n'y a pas de différence entre ce groupe et le groupe précédent, sauf le fait que celui-ci déclare exacte la mort d'al-Hasan, tandis que le premier soutient qu'il est absent, mais vivant, et nie sa mort. Il est également semblable au groupe qui arrêtait l'Imâma à Mûsâ b. Ja'far. A la question : « D'où tirez-vous cette doctrine et quels sont vos arguments ? » Ils sont réduits à donner des interprétations des traditions.

Le troisième groupe

Le troisième groupe professait que al-Hasan b. 'Ali était mort et que l'Imâm, après lui, était son frère Ja'far ; car il l'avait désigné comme successeur et ce dernier avait accepté l'Imâma. Quand on leur disait : « al-Hasan et Ja'far n'ont jamais cessé d'être en discorde, en rupture, voire en hostilité, durant toute leur vie ; vous avez su quelle était la conduite de Ja'far à l'égard de ceux qui sont restés après la mort d'al-Hasan, son mauvais comportement à l'égard d'al-Hasan, durant sa vie, et à l'égard de son entourage, après sa mort, quand il s'agissait de partager son héritage. »

Ils répondaient : « Cela n'était qu'une mésentente apparente ; au contraire, en cachette, ils étaient en bons termes, en relations amicales et sans divergences entre eux. Ja'far n'a pas cessé d'être obéissant et fidèle à al-Hasan et si quelques divergences se manifestèrent chez Ja'far, ce fut sur l'ordre d'al Hasan. Donc Ja'far est le successeur d'al-Hasan et c'est d'al-Hasan qu'il reçut l'Imâma. »

Le quatrième groupe

Le quatrième groupe professait que, après al-Hasan, l'Imâm était Ja'far et que l'Imâma lui revenait de son père et non de son frère Muhammad, ni d'al-Hasan. Muhammad n'était pas Imâm et al-Hasan non plus. En effet, Muhammad était mort, du vivant de son père, et al-Hasan était mort sans postérité. Al-Hasan n'était qu'un prétendant usurpateur. Car un Imâm ne peut mourir sans avoir désigné son successeur et sans avoir laissé un fils. Or, al-Hasan mourut sans successeur et sans fils. Donc sa prétention à l'Imâma est vaine.

N'est pas Imâm en effet, celui qui n'a pas de descendant visible, connu, notoire. Il n'est pas possible, non plus, que l'Imâma soit détenu par al-Hasan et Ja'far à cause de ce qu'ont dit Abu Abd-Allâh Ja'far b. Muhammad et d'autres parmi ses ancêtres, à savoir : « L'Imâma ne peut être détenu par deux frères, après al-Hasan et al-Husayn. » Cela nous indique nettement que l'Imâma est à Ja'far et qu'il lui est revenu de la part de son père et non de ses frères.

Le cinquième groupe

Quant au cinquième groupe, il est revenu à la reconnaissance de l'Imâma de Muhammad b. 'Ali qui est mort durant la vie de son père. Ils disaient que al-Hasan et Ja'far prétendaient à ce qui ne leur revenait pas, leur père ne les ayant point désignés en rien, ni pour la succession, ni pour l'Imâma, rien ne leur fut transmis à ce sujet et après lui ; il ne les avait pas désignés explicitement pour rendre obligatoire leur Imâma et ils ne sont pas en position (de détenir l'Imâma). En particulier Ja'far était bien connu pour ses défauts blâmables, défauts qui ne peuvent exister chez un Imam juste. Quant à al-Hasan, il est mort sans postérité.

Nous voyons donc que Muhammad était l'Imâm que son père a indiqué avec raison. Al-Hasan, lui, est mort sans postérité : or, il n'est pas possible qu'un Imâm meure sans laisser de successeur. Quant à Ja'far, nous avons vu, pendant la vie d'al-Hasan, aussi bien qu'après sa mort, qu'il était manifestement immoral, sans scrupules et sans vergogne. Or, ce ne sont pas là les qualités requises pour une personne qui peut témoigner, même sur un dirhem. Comment aurait-il pu être digne du rang de Prophète ? Car Dieu-le-très-Haut n'a pas décrété que l'on doit accepter celui qui manifeste le péché et le libertinage. Comment peut-il décréter que l'Imâma puisse être détenu par lui, vu le rang éminent (de l'Imâma), son importance et le besoin qu'en ont les gens ?

Car, c'est grâce à (l'Imâma) que la religion de Dieu sera connue et Dieu satisfait. Comment ce rang est-il occupé par quelqu'un qui pèche ouvertement ? Il n'est pas permis de manifester le péché par restriction mentale (taqîya), car ceci est indigne du Sage (Dieu) le-très-Haut, ni de juger qu'on en a la permission de Dieu - Qu'il soit béni et exalté ! et il n'est pas possible qu'il lui soit attribué.

Alors que Ja'far ne peut mériter l'Imâma et que nous assurons que Hasan n'avait pas de fils, il ne reste aucune raison de ne pas reconnaître l'Imâma de leur frère Abu Ja'far Muhammad. Celui-ci ne manifestait partout-que bonté et chasteté ; il avait une postérité connue et, de plus, son père l'avait désigné pour successeur. Il faut accepter son Imâma et croire que c'est lui le Qâim al-Mahdi ou bien juger que l'Imâma est un principe vain, ce qui est impossible.

Le sixième groupe.

Le sixième groupe professait que Hasan avait un fils appelé Muhammad désigné par lui comme successeur.

* Selon les duodécimains, il naquit en Sha'ban 255. Il n'a que cinq ou six ans, lorsque son jeune père meurt, puis, Muhammad disparaît, échappant à l'adversaire éternel. Alors commence cette période que les Shi'ites appellent occultation mineure. Elle dure environ soixante-dix années, pendant lesquelles quatre personnages se succèdent comme représentants de l'Imâm et communiquant avec lui. Alors commence l'occultation majeure (Ghayba al-Kubra). Le Douzième Imâm reste invisible et caché, mais il existe (de la même manière qu'existent Enoch et Elie enlevés vivants à ce monde). Et, comme le Bouddha futur Maitreya, il vit en une cité mystique, Jabarsâ, l'une des cités d'émeraude de la montagne cosmique. Il est l'Imâm caché, le Maître du temps, l'Imâm attendu. V. Table ronde, n° 110, Corbin,

Les propos de ceux qui prétendaient qu'il était mort sans avoir laissé de fils n'étaient pas justes. Comment est-il possible qu'un Imâm, dont l'Imâma a été prouvé, qui a fait un testament, qui est connu de l'élite et de la masse, soit mort sans laisser de successeur ? Au contraire, son fils est l'Imâm Qâim, celui qui se dressera, et il est né quelques années avant la mort de son père.

Ils étaient convaincus de l'Imâma de Muhammad et de la mort d'al-Hasan. Pour eux, Muhammad est caché à la vue, par crainte de Ja'far et de ses autres ennemis. C'est une de ses occultations et il est l'Imâm al-Qâim. Il était connu pendant la vie de son père et ce dernier le désigna précisément, car il n'eut pas d'autre fils que lui et assurément il est Imâm.

Le septième groupe

Le septième groupe professait qu'un fils était né de al-Hasan huit mois après la mort de ce dernier et que ceux qui prétendaient qu'al-Hasan avait eu un fils, pendant sa vie, étaient menteurs et faussaires. En effet si (l'enfant existait) il ne serait pas plus caché que ne le sont les autres choses (concernant les Imâms). Mais, al-Hasan est mort sans avoir de fils connu. Discuter à ce sujet est inutile et déraisonnable. Car il est certain que (son esclave) était enceinte au moment de la mort d'al-Hasan. Cela fut prouvé et vérifié auprès du gouvernement et devant tous les gens. A cause de cela, on refusa de partager l'héritage jusqu'au moment où le gouvernement devint certain que cette supposition était vaine. Son histoire devint secrète.

Huit mois après la mort d'al-Hasan, un fils issu de lui naquit et on l'appela Muhammad, comme cela était prescrit dans le testament de son père. Il est caché à la vue. Pour prouver et vérifier cette histoire, ils s'appuyèrent sur une information rapportée de Abu al-Hasan Rida : « Vous serez éprouvé par le foetus dans le ventre de sa mère et vous serez éprouvé aussi par le nourrisson. »

Le huitième groupe

Le huitième groupe professait qu'al-Hasan n'avait pas de fils : « Nous l'avons cherché, nous avons essayé de le trouver par tous les moyens et nous n'avons pas réussi. Si nous supposons qu'al-Hasan avait un fils en cachette, nous pouvons faire de même pour tous ceux qui sont morts, sans laisser de descendants. Nous pouvons admettre aussi que le prophète avait laissé un fils, reconnu aussi comme prophète et qu'Abd-Allâh b. Ja'far b. Muhammad en avait un et, de même, Abu al-Hasan al-Ridâ avait laissé trois fils en plus d'Abû Ja'far et l'un d'eux serait Imâm.

En effet, de la même manière que nous avons été informés que le Prophète est mort sans laisser de fils, que Rida n'avait pas quatre fils (de la même manière, nous savons qu'al-Hasan est mort sans descendance). Mais son esclave était enceinte de ses oeuvres et elle devait enfanter un fils qui serait Imâm. Il est impossible, en effet, qu'un Imâm soit mort sans descendant, car l'Imâma serait vain et la terre resterait sans Hujja. »

Les partisans du fils protestèrent contre ce groupe : « Vous nous avez refusé une Chiche que vous reconnaissez vous même et cela ne vous a pas suffi, au point que vous avez ajouté un argument que la raison refuse. Vous avez dit que (l'esclave) était enceinte. Si vous avez cherché et si vous n'avez pas trouvé, nous avons fait des recherches beaucoup plus sérieuses que vous (pour savoir si elle était enceinte) et nous n'avons pas trouvé. Quand nous supposons l'existence d'un fils d'al-Hasan, nous sommes plus véridiques que vous.

Car, normalement, il est logique et possible, selon la coutume, qu'un homme ait un fils en cachette, que ce dernier soit inconnu, mais qu'il apparaisse plus tard et prouve sa généalogie. Ce que vous prétendez est une chose abominable, désapprouvée par la raison de chaque être intelligent. C'est contraire à la coutume. Nous savons, par de nombreux rapports d'Imâms véridiques que la grossesse d'une femme ne dure pas plus de neuf mois. Or, cette femme que vous dites grosse a passé ainsi plusieurs années et elle est encore enceinte. Vos propos sont donc dénués de raison. »

Le neuvième groupe

Le neuvième groupe professait que : « La mort de Hasan, celle de son père et celle de ses ancêtres étaient reconnues selon des informations impossibles à démentir. De même, il est reconnu qu'il n'y a pas d'Imâm après al-Hasan. Cela est logique et possible selon la coutume. Comme il était possible que la fonction prophétique fût interrompue après Muhamed, ainsi, il est possible également que l'Imâma soit interrompu. On sait, d'après les rapports des Imâms véridiques, que la terre ne restera pas sans Hujja à moins que Dieu ne s'irrite contre les humains, à cause de leurs péchés.

Alors, Il les priverait de Hujja, un certain temps, car, Dieu-le-très-Haut fait tout ce qu'il veut. Ce propos qui est le nôtre, ne nie pas l'Imâma et il est corroboré par d'autres événements : en effet, il est admis qu'il n'y eut ni Prophète ni successeur entre Jésus et Muhamed ; par ailleurs, on nous a rapporté qu'il s'était écoulé plusieurs laps de temps entre les diverses missions des Prophètes ; on cite parfois (des périodes de) deux cents ans et quelquefois (même) trois cents ans, sans prophètes, ni successeurs. Imâm Sadiq (véridique) appelle Fatra le temps durant lequel il n'y a ni Apôtre ni Imâm.

La terre maintenant est sans Hujja, jusqu'à ce que Dieu veuille nous envoyer le Qâim des descendants de Muhamed. C'est Lui qui vivifiera la terre, après la mort de celle-ci. Comme Dieu a envoyé Muhamed après le Fatra des autres Apôtres et (de même que) Muhamed a renouvelé tout ce qui était effacé de la religion de Jésus et de celles des prophètes antérieurs, de la même manière, Il enverra al-Qâim lorsqu'il voudra.

« La Raison (Hujja), pour nous, jusqu'à l'apparition ď al-Qâim et sa manifestation, est de respecter les commandements et les interdictions énoncés par les prédécesseurs comme aussi le savoir qu'ils ont mis entre nos mains et de nous attacher aux (connaissances) passées, en croyant à la mort (d'al-Hasan) ; cela, tout à fait, comme pendant le temps précédant notre Prophète, où l'on devait respecter les commandements et les interdictions de Jésus, les savoirs laissés par Lui et ses successeurs et où l'on devait croire à sa mission prophétique, à sa mort et à tout ce qu'il manifesta par ses successeurs. »

Le dixième groupe

Le dixième groupe professait que Abu Ja 'far Muhammad b. 'Ali, mort pendant la vie de son père, était Imam, en vertu du testament de son père. Celui-ci, en effet, l'avait désigné comme Imâm et avait mentionné son nom et sa personne. Or, il n'est pas possible, pour un Imâm qui a prouvé et vérifié son Imâma, de désigner une personne qui ne soit pas Imâm.

Muhammad, au moment de sa mort, ne pouvait pas ne pas laisser de testament pour désigner un Imâm et il ne pouvait tester en faveur de son père qui, lui, était Imâm de par son père ; d'autre part, comme son père était vivant, Muhammad ne pouvait donner ni ordre ni interdiction et il n'avait pas le droit de nommer quelqu'un pour participer à la fonction de son père. Comme, par ailleurs, son Imâma fut prouvé, après la mort de son père, il dut donc confier son testament à un jeune esclave de son père, nommé Nafis, qui était à son service et en qui il avait toute confiance.

Il lui confia (également) les livres, les savoirs, les armes et (toutes les connaissances religieuses) dont a besoin la communauté. Il lui recommanda, lorsque son père mourrait, de remettre tout cela à son frère Ja'far. Personne n'avait connaissance de ce secret, sauf son père. Il agit ainsi pour ne faire naître aucun soupçon et pour que personne ne le sache.

Abu Ja'far (Muhammad b. 'Ali) mourut. Lorsque les gens de la maison et les partisans d'Abû Muhammad Hasan b. 'Ali eurent connaissance de l'histoire de Nafis et devinèrent son secret, ils devinrent jaloux de lui, complotèrent contre lui et cherchèrent à lui faire du mal. Ayant deviné leurs mauvaises intentions, craignant pour lui-même (craignant aussi) que l'Imâma ne soit annulé et que le testament ne disparaisse, Nafis appela Ja'far, lui remit le testament et tout ce qu'Abû Ja'far Muhammad b. 'Ali lui avait confié pour le lui donner comme il l'avait ordonné.

Al-Husayn b. 'Ali avait fait de même, avant de partir pour Kufa. Il avait confié son testament, ses livres, ses armes et tout ce qui était chez lui à Umm Salama, épouse du Prophète ; il déposa tout chez elle et lui recommanda de transmettre cela à son fils 'Ali b. Husayn jeune, lorsque ce dernier reviendrait à Médine. Lorsque 'Ali b. Husayn quitta la Syrie, elle lui remit tout cela.

Ce groupe niait donc l'Imâma d'al-Hasan et disait que son père n'avait pas laissé de testament en sa faveur et n'avait pas modifié celui qu'il avait laissé en faveur de son fils Muhammad. Ils affirmaient donc que Ja'far était Imâm et discutaient (avec les autres groupes) à ce sujet. Ce groupe inventa de nombreuses calomnies sur le compte d'al-Hasan b. 'Ali, l'inculpa de mécréance, lui et les partisans de son Imâma. Par contre, il faisait des éloges exagérés de Ja'far, prétendant qu'il était maître du temps (al-Qâim).

Il le préférait même à 'Ali b. Abu Tâlib et pensait que (ce) Qâim avait, après le Prophète, plus de mérites que les autres créatures. Quant à Nafis, il fut saisi, une nuit, jeté dans un grand bassin de la maison, plein d'eau, fut noyé et mourut. Ce (dixième) groupe s'appela al-Nafisîya.

Le onzième groupe

Le onzième groupe, lorsqu'on l'interrogeait pour savoir qui était Imâm, à son avis, Ja'far ou un autre ? il répondait : « Nous ne savons pas si l'Imâm est un fils de Hasan ou d'un de ses frères. Cela est ambigu pour nous. Nous disons qu'al-Hasan était un Imâm. Il est mort, mais la terre ne restera pas sans Hujja ; nous nous arrêtons là et nous ne disons rien de plus, avant que cette question ne soit établie et vérifiée. »

Le douzième groupe (le Chiisme Duodécimain : la secte de l'auteur)

Le douzième groupe, dont les membres, sont, des « Imâmites », nie la véracité des propos de tous ces autres groupes : « Pour nous, il y a un Hujjat, de la part de Dieu-le très-Haut, parmi les descendants d'al-Hasan b. 'Ali. Le commandement de Dieu s'établira, c'est le successeur de son père, selon la méthode première et les vieilles traditions. Or, après al-Hasan et al-Husayn (fils de Ali), il, n'est pas possible que deux frères soient Imâms, l'un après l'autre. Il n'y a donc pas d'Imâm, sinon parmi les descendants d'al-Hasan. S'il ne restait, sur terre, que deux hommes, l'un d'eux serait Hujja, tant que les ordres de Dieu se poursuivront.

Et si l'un des deux venait à mourir, le survivant serait Hujja, tant que les commandements et les interdictions de Dieu seraient maintenus, parmi la création. D'autre part, il n'est pas permis que l'Imâma soit transmis aux descendants d'un individu qui n'a pas prouvé son Imâma. Il n'est pas obligatoire que l'on admette, comme Hujja, un homme mort pendant la vie de son père, ni un fils de cet homme. Si tout cela était permis, seraient justes les propos et les opinions des partisans de Ismâ'il b. Ja'far et serait prouvé l'Imâma de Muhammad b. Ja'far ; et, ceux qui revendiquaient l'Imâma, après la mort de Ja'far b. Muhammad, auraient raison.

Ce que nous avons mentionné a été transmis par la tradition d'Imâms véridiques et il n'y a aucune contradiction entre eux ; étant donnés les justes attributs, les méthodes vérifiées et la parfaite chaîne de traditions (isnad), il ne peut y avoir aucun doute à ce sujet. Il n'est pas possible que la terre reste sans Hujja. S'il arrivait que l'Imâma disparaisse de ce monde, ne fut-ce que pendant un moment, en vérité, la terre périrait avec tous ses habitants ; il n'est pas permis de tenir ces propos. Nous suivons la tradition passée et nous croyons à l'Imâma (d'al Hasan) et à sa mort ; nous reconnaissons qu'il avait un successeur qui est son propre fils et l'Imam, après lui.

Il proclamera et déclarera son pouvoir, comme l'ont fait ses ancêtres avant lui. Dieu permet cela parce que le pouvoir (qu'il détient) est pour Lui et que Dieu fait tout ce qu'il veut et commande, comme il le désire, l'apparition ou l'invisibilité du Hujja. C'est ainsi que le Commandeur des Croyants (Emir al mu' minin) 'Ali b. Abu Talib déclara : « ô Dieu, tu ne laisses pas le monde sans Hujja, qu'il soit visible et connu, ou caché comme un sabre dans un fourreau, et craintif, afin que tes signes et tes preuves ne soient pas annulés »

C'est ainsi que nous avons été commandés et que nous avons reçu des informations justes des Imâms passés, à ce sujet. Il n'appartient pas aux gens de discuter des affaires divines, de juger sans avoir de connaissances et de rechercher les traces de ce qui est caché pour eux. Il n'est pas permis de mentionner son nom (nom de Mahdi) ni de demander en quel lieu il se trouve jusqu'au moment, fixé par Dieu, pour son entrée en fonctions. Car, il est maintenant dans un fourreau (comme un sabre), craintif et voilé, sous l'égide de Dieu.

Discuter à son sujet, le chercher, nous est interdit et défendu ; car, si ce qui nous est caché, nous apparaît, son sang et le nôtre seront versés. Il dépend de ce secret caché qu'on évite de répandre le sang et que l'on garde le nôtre et le sien. Il n'est permis ni à nous-mêmes, ni à aucun des croyants de choisir un Imâm selon notre propre détermination ; c'est Dieu qui le fait surgir et le choisit pour nous. Il le manifeste, quand Il le veut, car, Il sait mieux comment conduire ses créatures et Il connaît mieux ce qui leur convient.

L'Imam aussi connaît, mieux que nous, ce qu'il est et son époque. 'Abu Abd-Allâh al-Sadiq, bien que son état soit évident, son habitat connu, sa généalogie indéniable, sa naissance non cachée et sa renommée répandue parmi l'élite et la masse, disait : Que Celui qui me donne un nom soit l'objet de la malédiction Divine ! (la Taqiya) Un de ses partisans le rencontra : l'Imâm détourna de lui son visage. On rapporte aussi qu'un autre de ses partisans le rencontra, dans la rue, détourna de lui son visage et négligea de le saluer. L'Imâm le remercia de cette attitude et le loua ; il lui dit que « quelqu'un l'avait rencontré et lui avait fait une belle salutation et qu'il l'avait blâmé et détesté ».

De même, on rapporte des informations d'Abû Ibrahim Mûsâ b. Ja'far qui interdisait qu'on le nommât ainsi — Abû-l-Hasan al-Riza dit : « Si j'avais su ce que les gens veulent de moi, j'aurai détruit mon âme à mes propres yeux, en pratiquant ce qui ne peut faire prendre ma religion au sérieux : le fait de jouer avec des pigeons, des coqs et autres choses semblables. »

Comment donc, à notre époque, avec la sévère surveillance et la tyrannie du gouvernement, le peu de respect des droits des hommes comme eux (les Imâms) et lui (al-Hasan) qui ont supporté, dans leur prison, tant de maux de la part de Sâlih b. Wasif (Un des généraux Abbâsides) ; comment donc est-il possible que soit nommé celui qui n'a fourni, sur lui-même, aucun renseignement, pas même son nom, et qui a caché sa naissance ?

Et on a rapporté beaucoup d'informations selon lesquelles la naissance d'al-Qâim sera, cachée au peuple et son nom sans renommée ; il sera inconnu ; toutefois, il ne surgira pas avant d'apparaître et d'être connu, en tant qu'Imam, fils d'Imam, héritier désigné, fils d'héritier désigné ; et il ne sera pas un guide avant de s'être manifesté. Cependant, il faut que les gens dignes de sa confiance et de celle de son père, tout en étant peu nombreux, aient connaissance de ses affaires. L'Imâma, de la, postérité d'al-Hasan, ne sera pas rompu tant que les Commandements de Dieu continueront ; et il n'est pas possible que l'Imâma revienne à ses frères ; l'indication de l'Imâm, son testament donné à quelqu'un, de sa part, ne sont pas valables, à moins que ceci n'ait été reconnu par deux témoins. Telle est la voie de l'Imâma, le chemin clair et sûr, le plus aimé, celui que suivent les vrais Sî'ites imâmites ».

Le treizième groupe

Le treizième groupe avait les mêmes opinions que les Futhites et les jurisprudents (fuqaha) parmi eux ainsi que les gens pieux et pratiquant leur religion, comme 'Abd-Allâh b. Bukayr b. A'yan et ses semblables. Ils soutenaient que, al-Hasan b. 'Ali, qui a été Imâm après son père, est mort ; et, c'est Ja'far b. 'Ali qui est Imâm après lui. Cela de la même façon que Mûsâ b. Ja'far était Imâm après Abd- Allah b. Ja'far, selon l'information suivante, rapportée ainsi : « l'Imâma passe, après lui, au fils aîné de l'Imâm. »

L'information, rapportée de Ja'far Sadiq, est vraie, à savoir que : « Après al-Hasan et al-Husayn b. 'Ali, il n'est pas permis que deux frères soient Imams, l'un après l'autre. » et il n'est pas possible qu'il en soit autrement. Mais ceci concerne le cas où l'Imâm a un successeur issu de lui. Alors, l'lmâma ne passe pas à ses frères, il est transmis à son descendant. S'il meurt sans descendant, l'Imâma revient forcément à ses frères.

Tel est, pour eux, le sens de cette tradition. Ils s'appuient aussi sur la tradition suivante : « L'Imam sera lavé (le dernier bain) par l'Imâm. » C'est vrai et il ne peut en être autrement. Ils reconnaissent que Ja'far b. Muhammad a été lavé par Mûsâ et ils prétendent que 'Abd-Allâh le lui avait ordonné, car, c'est Abd-Allâh qui était Imâm, après son père, et Mûsâ était un « Imâm silencieux » (Sâmit) en présence d'Abd Allah (qui était un « Imâm parlant ») (Nâtiq).

Ceux-là sont les « Futhites purs » qui admettent que l'Imâma passe à deux frères, l'un après l'autre, lorsque le frère aîné n'a pas de fils pour lui succéder. L'Imâm est, pour eux, Ja'far b. 'Ali, nécessairement, selon cette interprétation et suivant les traditions et les significations que nous venons d'expliquer.

Le quatorzième groupe

Il manque, dans les manuscrits arabes actuels le 14e groupe, mais al-Sayyid al-Murtadâ, dans son livre intitulé al-Fusûl al-Muhtâra (les chapitres choisis), a rapporté le passage suivant d'après un autre manuscrit d'al-Nawbahti : « Le quatorzième groupe professait que l'Imâm après al-Hasan, est son fils Muhammad et qu'il est l'Imâm attendu ; toutefois, il est mort et il reviendra et se soulèvera, portant son sabre, il remplira la terre de justice et d'équité, alors qu'elle était remplie d'injustice et d'iniquité. » V. Nawbahti, édition Najaf, p. 96 (la note) ; Bihâr, IX, p. 176

Extrait de Firaq al-Shi'a (les sectes chiites)
de Hasan ibn Musa Al-Nawbakhti (Théologien chiite duodécimain)

 

Conclusion

« Revenez repentants vers Lui ; craignez-Le, accomplissez la Salat et ne soyez pas parmi les associateurs, parmi ceux qui ont divisé leur religion et sont devenus des sectes (Shiya`ān) chaque parti exultant de ce qu´il détenait. » (Coran 30.32)


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